INTERVIEW
Publié le
24 février 2026
À 32 ans, Peet est l’une des figures phares de la nouvelle scène belge. Auteur, rappeur, chanteur et musicien originaire de Bruxelles, il sort actuellement son cinquième album solo, Joyboy. Après avoir marqué les esprits avec le collectif Le 77, il trace désormais une trajectoire singulière, nourrie de jazz, de rap, de R’n’B et d’un amour viscéral des instruments. Avant son concert à l’Olympia le 28 novembre prochain, il revient, pour nous, sur dix ans de carrière, ses doutes, mais aussi ses influences et son envie d’apporter un peu de lumière dans un monde qui ne va pas toujours très bien.

Après dix ans de rap, comment définiriez-vous l’artiste que vous êtes devenu ?
Quand j’ai commencé la musique, mon objectif c’était qu’un jour je puisse dire que j’ai créé mon propre style. J’ai pris toutes mes inspirations, je les ai mélangées, et ça a donné ce que je fais aujourd’hui. Quand on me demande de définir mon style, j’ai du mal. Je dis juste : "C’est du Peet. C’est hybride. C’est moi." Je me suis toujours dit qu’un jour je créerai mon propre style. Et je pense que j’y suis arrivé.
Pourquoi avoir quitté Le 77 pour vous lancer en solo ? Et qu’est-ce que cette transition a changé ?
Le solo a toujours été dans un coin de ma tête. Même pendant les années avec Le 77, je sortais déjà des projets personnels. J’ai toujours voulu faire de la musique, peu importe le cadre. Quand Félé Flingue a décidé d’arrêter après trois albums, j’ai continué naturellement. Ce que ça a changé ? J’ai pu parler de choses plus personnelles, aller un peu plus en profondeur. Le 77 avait un côté très second degré. J’avais envie d’explorer autre chose.
Votre meilleur souvenir avec le groupe ?
La première fois à l’Ancienne Belgique. C’était notre “Olympia” à nous. Très fort. Je suis très attaché à la scène.
"Je suis passé d’un rap très scolaire, très technique, à quelque chose de plus chanté."
Comment décririez-vous votre évolution artistique ?
Je suis passé d’un rap très scolaire, très technique, à quelque chose de plus chanté. Aujourd’hui, il y a des morceaux où je ne fais quasiment que chanter. C’est devenu plus organique. J’essaie d’amener de plus en plus de vrais instruments. Je m’éloigne un peu du rap pur.
Vous vous considérez aujourd’hui comme rappeur, chanteur, auteur, musicien ?
Un peu de tout. Je suis un artiste hybride.
Si vous deviez enregistrer une chanson avec un seul instrument ?
La guitare. J’aime son côté chaleureux, le bois, la caisse qui résonne. C’est un instrument que tu peux emmener partout. Tu trouves une vieille guitare à 20 euros et tu peux jouer.
Votre ADN musical en trois influences majeures ?
Le rap – sans ça je n’aurais jamais écrit. Le jazz et le R’n’B, mais version Erykah Badu, un truc plus classe, plus soulful.

Qu’avez-vous esquivé au long de votre carrière ?
Peut-être une forme de surexposition. J’aime le lien chaleureux avec le public, les petites salles où on peut se voir. Bien sûr que j’aspire à faire de grandes choses, mais je reste quelqu’un d’assez simple. Le lien humain m’est essentiel.
"À un moment, c’est devenu cool de dire qu’on était belge."
Comment expliquez-vous la hype autour de la scène belge ces dernières années ?
Il y a eu un déclic vers 2012-2013. Des artistes comme Caballero ont impressionné en France par leur niveau technique. Puis il y a eu l’explosion avec des artistes comme Roméo Elvis, Hamza ou Damso qui ont démocratisé la scène belge. Les réseaux sociaux ont aussi facilité la curiosité du public. À un moment, c’est devenu cool de dire qu’on était belge.
Comment décririez-vous ce nouvel album ?
Ce nouvel album est organique, musical, mélodieux. Introspectif.
On sent que vous avez envie de secouer l’humain moderne. Est-ce vous que vous critiquez ici ou ce que vous observez autour de vous ?
Les deux. Quand tu écris, tu parles aux autres mais aussi à toi-même. Parfois, en réécoutant mes textes, je me dis que je devrais appliquer ce que je dis. Je m’inspire aussi de ce que j’observe. Par exemple, la chanson “dernière fois” parle d’un amour très toxique. Moi je n’ai jamais vraiment vécu ça. Après cette chanson, elle peut aussi parler d’addictions ou de comportements qu’on sait mauvais pour nous et qu’on répète quand même. Dans mes chansons, je valorise aussi beaucoup l’expérience, les voyages, l’importance des autres. On ne règle pas tout au bar…
Ce nouvel album, qu’a-t-il de différent par rapport aux précédents ?
Il est beaucoup plus organique. Il y a plus de vrais instruments. Je me suis permis des morceaux très dépouillés, guitare-voix, ou des longues parties instrumentales. Je fonctionne à l’instinct : je fais, et si j’aime, je garde.
Dans “No Solo”, vous dites qu’on n’arrive à rien seul. Qui vous a porté ?
Morgan, qui m’a encouragé dès mes débuts. Ma mère, qui m’a toujours encouragé et qui m’a transmis un héritage très positif. Ryan, mon manager, qui gère tout l’administratif et me permet de me concentrer sur la musique. Félé Flingue du groupe Le 77, qui m’a beaucoup appris sur la scène. Tout au long de ma carrière, j’ai eu la chance de tomber sur des gens bienveillants.

Pourquoi ce clin d’œil à One Piece avec le titre "Joyboy" ? Vous reconnaissez-vous dans cette figure solaire ?
Oui. J’aime ce parallèle avec le personnage qui apporte de la lumière dans un monde qui ne va pas bien. Je viens de la périphérie bruxelloise, je rêvais de la grande ville. Comme Luffy qui monte dans sa barque, j’ai fait mon chemin, rencontré des gens, créé un équipage. "Joyboy" est plus mystérieux que d’appeler l’album One Piece, et ça me correspond.
"Je me vois plus dans la longévité que dans le feu de paille."
Comment créez-vous votre musique ?
Il faut que je me sente bien dans la pièce : du bois, une lumière chaleureuse, pas une ambiance d’hôpital. Par exemple, j'aime bien quand il y a une fenêtre qui donne à l'extérieur. J’aime commencer à composer et écrire seul. Je me sens plus libre. Ça sort mieux quand je suis tout seul car je me permets beaucoup de choses. Ensuite, je peux partager. Je pars souvent d’une boucle de guitare ou de piano. Je n’écris jamais sans musique. Il faut qu'il y ait une mélodie qui m'inspire.
Dans “Rêver mieux”, vous dites : “Je voulais faire de la musique, je voulais être cool.” C’était vraiment ça ?
Oui et non. Je le fais par passion. Mais je trouvais ça stylé : les tournées, les festivals, la vie d’artiste. Comme le skate à l’époque : j’ai commencé parce que je trouvais ça cool, puis c’est devenu une vraie passion.
Comment sont nées les collaborations avec les musiciens Veeko et Ferdi ?
Ferdi est arrivé pendant un live Instagram en plein Covid. Il s’est connecté et a commencé à jouer du sax en direct. On ne s’était jamais vus. Ça a matché tout de suite. Pour la batterie, j’ai d’abord hésité, puis j’ai compris que ça apportait une vraie dimension live. Swing, un autre artiste belge faisait une tournée avec Veeko. Je lui ai proposé de se joindre à nous pour une tournée et il a accepté. On a créé une famille. À l’Olympia, ils seront là.
Qu’est-ce que vous vous souhaitez pour l’avenir ?
D’être bien avec moi-même. D’être heureux. Et artistiquement, je me souhaite le meilleur. Une carrière à la Charles Aznavour. Quelqu’un qui a duré, qui a grandi avec le temps. Je me vois plus dans la longévité que dans le feu de paille.
"Joyboy", Peet, disponible partout.