INTERVIEW
Elmiene, chanteur britannique à la voix émotive et captivante, sort son tout premier album Sounds for Someone après plusieurs singles remarqués. Révélé au grand public en 2021 grâce à ses reprises partagées sur les réseaux sociaux (dont "How Does It Feel" de D’Angelo) il continue de séduire avec son univers soul et R’n’B. L’artiste se produira en concert à la prestigieuse Salle Pleyel le 2 décembre prochain, pour partager ses nouvelles créations en live.

D’où vous vient cet amour et ce talent certain pour la musique ?
Mes cousins ont toujours dit que j’avais volé tout le talent musical de ma famille ! Mais je pense que tout cela me vient tout de même d’elle. Ma mère chantait toujours à la maison. Mes grands-parents paternels et maternels étaient des poètes. Pour le plaisir, ma grand-mère avait l’habitude d’écrire des chansons avec mon grand-père qui jouait de la musique sur une sorte de guitare soudanaise.
Pourquoi avez-vous choisi la musique soul ? Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans ce genre musical ?
La raison pour laquelle je m’identifie à ce genre musical, c’est parce que la soul est un genre très émotionnel. L’objectif principal de la musique soul est d’exprimer des émotions profondes d’une façon à ce que les gens puissent facilement s’identifier. C’est pour cela que je l’aime autant. D’ailleurs, j’aime beaucoup ce nom. Le nom dit tout.
Votre voix est si douce : quel est votre secret ? Comment l'entrainez-vous ?
Quand je travaille ma voix, c’est comme si ce n’était pas vraiment de l'entraînement. Depuis que je suis enfant, j’ai simplement essayé d’imiter ce que j’entendais. Ce que faisait Stevie Wonder, ou Donny Hathaway. Aujourd’hui, je chante encore ces chansons. Le secret, c’est simplement d’apprendre des meilleurs. Et puis, je mange bien aussi. Je pense que c’est ça, mon secret. La nourriture et la musique vont ensemble !
"Ma principale inspiration depuis toujours, c’est Stevie Wonder."
Votre voix est aussi puissante et très émotionnelle. Quand on t’écoute, on sent que vous avez beaucoup à dire, même si vous n’avez que 24 ans. D’où vous vient cette passion ?
Ça vient des gens qui m’entourent. Les gens s’arrêtent souvent sur mon âge et se demandent comment je peux dire ces choses, d’où je tire tout ça… J’ai des amis de tous les âges, de 17 à 48 ans, même plus. Je puise dans toute leur expérience et je la mets dans ma musique. Il ne s'agit pas forcément toujours de ma propre expérience. Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup. Je pense que c’est un autre de mes secrets.
Quels artistes vous ont le plus inspiré ?
Je peux vraiment tout résumer à Stevie Wonder. Ma principale inspiration depuis toujours. C’est mon héros. J’aime aussi The Angelo. Ce sont mes deux grandes références, sous des angles différents. Mais Stevie est un peu la pierre angulaire de tout ça. Parce que dans sa musique, on retrouve le gospel. Il a aussi créé une grande partie du R’n’B que l’on connaît aujourd’hui et la musique soul est une part essentielle de son art.
Un mot pour décrire votre premier album.
Pour décrire Sounds for someone, le mot “Donné” est le bon. Parce que j’ai tout donné pour ce premier album. Depuis chaque recoin possible de moi-même.
Quelle est votre chanson préférée de l’album ?
"Cry Against the Wind" est ma chanson préférée. C’est la plus personnelle et la plus précieuse pour moi. Je ne sais même pas pourquoi cette chanson a existé. Quand on écrit de la musique, c’est le genre de chansons qui arrive comme ça, avant même qu’on s’en rende compte. Une situation où il y a eu tellement d’étapes dans l’écriture qu’elle a fini par naître presque toute seule. J’ai l’impression de ne pas avoir eu le pouvoir ni la volonté de savoir si elle allait aboutir ou non. Mais je sentais que ça devait se faire. Quand j’écrivais la première partie de la chanson, j’avais déjà composé la mélodie, mais je l’ai oubliée. Et je me suis dit : "Ce n’est pas grave, je vais aller dormir et quand je me réveillerai je m’en souviendrai peut-être" — ce qui voudrait dire que c’est important. Je devais m’en souvenir. Je suis allé me coucher, je me suis réveillé, et j’ai retrouvé la mélodie. Et je me suis dit : "Il se passe quelque chose de plus grand ici, dans l’écriture de cette chanson". Elle ne pouvait pas ne pas en être.
"Certaines chansons m’ont aidé à comprendre ce que je traversais, d’autres m’ont poussé à me questionner sur ce que je vivais. Et voilà le résultat."
Vous avez dit que cet album était né de toutes les émotions que vous avez ressenties après la mort de votre père. Était- ce une thérapie pour vous ou simplement une façon de transformer ces émotions en énergie créative ?
C’est un mélange des deux. Il doit y avoir une forme de thérapie pour pouvoir transmettre ces émotions en musique. Il faut vraiment comprendre ce que l’on traverse. Parfois, c’est l’inverse : écrire de la musique aide à comprendre ce qu’on ressent. C’est un mélange des deux. Certaines chansons m’ont aidé à comprendre ce que je traversais, d’autres m’ont poussé à me questionner sur ce que je vivais. Et voilà le résultat. Maintenant que c’est terminé, j’ai l’impression d’être prêt à commencer le prochain album. J’ai hâte que quelqu’un me laisse m’installer en studio pendant un mois. Ce projet m’a donné de l’énergie.

Votre dernière chanson : “Told you I’ll make it” est un message adressé à votre père ?
Absolument. “Told You I’ll Make It” n’a pas été très amusant à écrire, en réalité. J’ai beaucoup de regrets par rapport à la carrière que j’ai choisie. Mon père n’aurait pas vraiment apprécié que je fasse de la musique. C’est donc un message qui dit que, même si je prends une direction qu’il n’aurait ni prévue ni souhaitée, au final, je le ferais tout de même.
Le titre de l’album est Sounds for Someone. Pourquoi avoir choisi un titre si impersonnel ?
Le titre de l’album est inspiré de celui de Stevie Wonder, “Songs in the Key of Life”, qui est un titre très large. “The Key of Life”, tout le monde peut s’y retrouver. Sounds for Someone est donc une version plus directe de cette idée, où, évidemment, la première question est : “Qui est ce quelqu’un ?”. Mais ensuite, j’espère que la seconde pensée sera que ce “quelqu’un” peut être n’importe qui, quel qu’il soit. Même si les sons ne sont que des sons pour quelqu’un. Ça me donne aussi l’impression que l’autre sens du titre, c’est l’espoir qu’il y ait ne serait-ce qu'un son dans cet album auquel quelqu’un puisse s’identifier, peu importe ses goûts. Qu’il y ait au moins une chanson ici que chacun peut aimer. Ce sont toutes ces raisons qui font que je l’ai appelé Sounds for Someone. Ce quelqu’un c’est aussi moi. L’évidence, c’est que ça parle de mon père, mais c’est aussi pour moi, en même temps. Et pour toutes les personnes qui ont fait partie du projet et qui y ont mis leurs émotions.
"Je me suis rendu compte que je parlais beaucoup de mon père. C’est à ce moment-là que le projet est devenu ce qu’il est devenu."
Pourquoi avez-vous choisi Baby Rose pour vous accompagner sur le morceau “Honour” ?
Elle a une voix très prenante, je pense que c’est la meilleure façon de la décrire. Si les gens disent que ma voix fait vieille, sa voix à elle vient d’une autre génération. C’est bizarre. C’est tellement beau, c’est fou. Pour la chanson “Honour”, j’avais vraiment en tête une sorte de dialogue entre deux personnes d’un couple. Je savais juste que j’avais besoin de son point de vue. Et elle convient parfaitement à cette chanson.
Vous avez dit que les choix que vous avez fait au cours de cet album étaient tous intentionnels. Qu’est-ce que cela a concrètement changé dans votre façon de travailler ?
Ça crée un environnement plus concentré. Mais en même temps c’est plus étroit. Quand je dis “intentionnel”, ça ne veut pas dire que tout est linéaire. Certaines personnes pensent que quand on écrit un album, on entre en studio et chaque jour on se dit : “Aujourd’hui, j’écris le premier morceau, demain, le deuxième, puis troisième…” Non. On écrit juste des chansons. Et, avec le temps, tout cela trouve sa place au sein du projet. Quand je dis que tout a été “intentionnel”, je parle de l’intention de me laisser libre d’écrire, juste écrire de la musique, et ensuite de pouvoir choisir ce que je veux vraiment mettre dedans. Mon intention au départ était juste d’être honnête. Plus j’essayais d’être honnête, plus je me rendais compte que le même sujet revenait en boucle. Je me suis rendu compte que je parlais beaucoup de mon père. C’est à ce moment-là que le projet est devenu ce qu’il est devenu.
Qu’avez-vous esquivé dans cet album ?
J’évite le mensonge. J’évite les chansons que je ne peux pas chanter ou ressentir. S’il y a quelque chose qui n’est pas sincère dans ce que j’écris, je l’écarte du projet. Peut-être un jour. Mais pour l’heure, je ne mentirai pas.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Eh bien, je vois un deuxième album et beaucoup d’activités. J’apprécie d’être occupé. J’ai aussi hâte dans le futur proche de mon concert à Paris en décembre.
“Sounds for Someone”, Elmiene, disponible fin mars.