INTERVIEW
Publié le
24 septembre 2026
D'un coffre de voiture filmé sur TikTok aux plateaux de Quotidien et France Inter, l'ascension de Frs Taga tient presque du conte moderne. Repéré par Booba, qui repostera l'un de ses freestyles improvisés dans sa vieille 98, ce natif des environs de Saint-Étienne a mis dix ans d'usine et d'écriture quotidienne au service d'un rap rare : celui du monde ouvrier et rural, loin des clichés parisiens. Sorti en 2025, son roman L'Usine prolonge cette veine autobiographique et prolétaire, revendiquée comme un mot qui rassemble plutôt qu'il ne divise. Entre labeur, intelligence artificielle, fidélité à ses racines et peur de se perdre, l'artiste stéphanois revient sur son parcours, ses combats et ses envies de featurings, de Sofiane à Mylène Farmer.
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Vous avez commencé à poster vos freestyles depuis le coffre de votre voiture sur TikTok. Pourquoi ce lieu, cette mise en scène ?
C'est un conseil d'un ami, James Loup, qui fait aussi du rap. J'étais à l'usine, je faisais énormément de musique, je postais toujours sur YouTube, mais ça devenait compliqué. On m'a parlé des réseaux sociaux. Et ce qui me définissait un peu à l'époque, c'était ma vieille voiture de 98, avec laquelle j'étais tout le temps. Ça dénotait un peu. Mon pote m'a dit : "Mettons ton téléphone dans le coffre. Ça ne te coûte pas grand-chose en production, tu peux le faire où tu veux, quand tu veux, et au moins tu existes sur les réseaux." J'ai tenté. J'ai sorti une vingtaine de freestyles où il ne se passait rien du tout, jusqu'au fameux freestyle où je clashe un peu le rap français. Là, les gens ont vu le concept et ils ont retenu l'ouverture du coffre. C'était très pratique, ça ne coûtait pas grand-chose, je pouvais faire ce que je voulais et rapper facilement.
"Booba a changé ma vie avec un partage, c'est quand même assez fou."
Le jour où Booba a reposté une de vos vidéos, tout a basculé. Comment avez-vous vécu ce moment, et qu'est-ce que ça a changé concrètement dans votre vie du jour au lendemain ?
Beaucoup de choses. J'ai été approché par des maisons de disques, des managers, des labels. J'ai eu de la visibilité. Et ce qui est très intéressant dans ce phénomène, c'est qu'on se rend compte que quand on est invisibilisé, ce n'est pas une question de talent ou de niveau : c'est juste que les gens ne vous connaissent pas. À partir du moment où les gens m'ont vu, comme j'avais dix ans de travail derrière moi, ils ont trouvé que je n'étais pas mauvais, et j'ai pu avoir un public. Le partage de Booba a mis en lumière quelque chose qui n'aurait pas pu exister autrement. Il a changé ma vie avec un partage, c'est quand même assez fou.
Vous avez longtemps travaillé en usine près de Saint-Étienne. Qu'est-ce que ce travail vous a appris que la musique ne vous aurait jamais appris ?
Le labeur et la difficulté. Apprendre à se taire et à ne pas se plaindre, parce qu'à l'usine, on ne se plaint pas. Dans le milieu de la musique, on se plaint beaucoup. Même moi, parfois, je me retrouve en studio à dire : "Quelle journée fatigante !", alors qu'en vrai, on ne travaille pas tant que ça, on est souvent au téléphone. Ce n'est pas le labeur. L'usine, c'est vraiment le labeur. Ça m'a appris à travailler huit heures à des cadences très élevées. C'est très physique : ne pas se plaindre en ayant le dos cassé, les pieds en charpie. Ça m'a apporté une résistance à la douleur physique et mentale, et donc beaucoup de résilience. Ça m'a aussi appris à voir la beauté des choses simples. Il y a des visages, des mots, parfois une seule phrase qui résonne. Il y a beaucoup de sagesse dans le monde ouvrier, mais comme on n'en parle pas, on ne la voit pas. Et je pense que si je n'étais pas passé par là, je n'aurais peut-être pas la même capacité de travail dans l'art. Si je suis capable de beaucoup travailler aujourd'hui, c'est parce que j'ai fait ça pendant dix ans.
Votre roman sorti en 2025 s'inspire directement de cette expérience. Qu'est-ce qui vous semblait impossible à dire en musique, et que vous pouviez enfin écrire dans un livre ? Pourquoi ce besoin de poser des mots ?
Parce qu'on peut aller plus en profondeur. Une chanson, c'est assez léger, ça a un côté divertissant. Il faut être concis, on accroche les gens sur une phrase ou deux. Dans un livre, on peut approfondir un sujet. Je ne voulais pas faire de la sociologie ni représenter le monde ouvrier. J'avais juste besoin d'un exutoire, de parler des choses, et j'ai porté mon regard là-dessus. Ce n'est que mon regard personnel, mais au moins, il est véritable et ancré. Beaucoup d'intellectuels se permettent de parler du monde ouvrier sans avoir jamais mis un pied à l'usine, juste en discutant avec deux ou trois ouvriers déjà haut placés dans les syndicats. Comme les ouvriers n'écrivent pas, mon expérience me permettait de mettre en lumière un monde dont personne ne parle. Je l'ai connu, j'y ai travaillé pendant dix ans, je l'ai observé intensément. En parler, c'était la meilleure chose que je pouvais faire pour expliquer aux gens ce qui se passe vraiment dans l'industrie. Encore une fois, ça reste mon regard : il y a des ouvriers qui vivent les choses différemment. Mais quand je parlais à des écrivains, à des gens qui travaillent dans des bureaux, je voyais qu'ils ne connaissaient pas ce monde et que ça les intéressait. Ils me disaient : "C'est fou ce qui s'y passe."
"‘Prolétaire’, c'est un mot qui rassemble, pas un mot honteux comme on a voulu nous le faire croire."
Vous revendiquez le mot "prolétaire", qui a presque disparu du vocabulaire courant. Pourquoi tenez-vous à le remettre sur la table aujourd'hui ?
Le prolétariat, ça va au-delà de l'usine et de l'industrie : c'est une classe sociale. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il y a une volonté de diviser : droite, gauche, jeunes, vieux, femmes, hommes. Tout est clivé, alors que les vrais combats sont sociaux. Ce sont les classes sociales qui doivent se rassembler en premier lieu. Aujourd'hui, on peut même rassembler une partie de la bourgeoisie avec le prolétariat, parce qu'elle subit les mêmes conséquences des décisions politiques. On est tous dans la même case : on galère tous à vivre, on paie tous l'essence 2,50 €, les loyers sont trop chers, les salaires sont amoindris, le pouvoir d'achat baisse. On est de plus en plus nombreux à être concernés. J'ai une grande fascination pour cette époque où les ouvriers savaient se révolter, s'unir. Aujourd'hui, à l'usine, je l'ai vu : on se divise pour un gars qui gagne 100 € de plus, on dit : "Non, il n'est pas avec nous". Alors qu'on est tous ensemble. Les travailleurs, les infirmières, les serveurs, les cuisiniers, les gens sur les chantiers, les gens qui font tourner le monde, on appartient tous à ça. Même l'artisan qui a son entreprise et qui se démène est dans le même bateau. On a un combat à mener ensemble. "Prolétaire", c'est un mot qui rassemble, pas un mot honteux comme on a voulu nous le faire croire. Être prolétaire, ça ne veut pas dire être un cas social : c'est une catégorie sociale à laquelle on est de plus en plus nombreux à appartenir, et on doit avancer main dans la main.
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"Le premier ’rappeur’ que j'ai écouté, c'est Georges Brassens."
Aucun autre rappeur ne parle vraiment du prolétariat, ou du moins de la vie rurale. On entend souvent parler de la vie en cité, de la banlieue, mais ce sujet est moins abordé. Avez-vous eu des inspirations, un certain rap qui vous portait ?
En véritéi, les mecs de cité, qui sont majoritaires dans le rap, parlent quand même du prolétariat. Ils revendiquent des conditions qui sont les mêmes que les nôtres. Par exemple, j'ai fait un son avec Sofiane, et on a beaucoup de similitudes dans nos modes de vie. Nous aussi, on est délaissés, oubliés ; chez nous aussi, les magasins ferment. Que ce soit en cité ou à la campagne, les combats sont à peu près les mêmes. Les médias vont nous dire que les gens de cité et les gens de la campagne ne s'entendent pas, mais c'est faux. Il y a une grande cohésion, et quand on traîne ensemble, on se rend compte qu'on n'est pas si loin les uns des autres. Le prolétariat est partout dans le rap. Il y a aussi une grande part de capitalisme, le : "J'ai réussi, j'ai de l'oseille", mais c'est le rap mainstream, celui qu'on met en avant parce qu'il y a une volonté de le faire. On entend moins parler du monde rural, parce qu'à la campagne, c'est beaucoup plus difficile de se faire entendre. Aujourd'hui, on a les réseaux sociaux, mais il y a dix ans, pour être connu dans le rap, il fallait monter à Paris. Et encore aujourd'hui, toutes les structures, toutes les scènes sont à Paris. Chez nous, il n'y a rien. C'est un miracle de se faire un nom en venant de Saint-Étienne, et encore plus de la campagne autour. Chez moi, il n'y a pas de rappeurs. Côté inspirations, j'ai beaucoup été inspiré par la Fonky Family, j'écoute beaucoup Jul, et plein d'autres choses. J'aime beaucoup B.B. Jacques, Ben PLG. J'aime les rappeurs qui écrivent. Mais à la base, le premier "rappeur" que j'ai écouté, c'est Georges Brassens. C'est de là que vient mon envie d'écrire et de faire passer un message, d'abord pour un groupe de copains avant de le faire pour tout un pays. À la base, on fait ça pour parler à ceux qui nous entourent.
Dans votre titre "L’Usine", vous dites : "Tous aveugles. L’esprit guidé par des machines" … Est-ce que ce sont des mots que tu pourrais réemployer avec l’explosion de l’IA aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. Là, c'est encore pire !
Est-ce que vous le ressentez au quotidien, dans votre façon de composer ou dans la musique ?
Je le ressens parce que je vois qu'on se contente de la facilité. J'entends de plus en plus de choses faites par l'IA. Même au restaurant, je vois des cartes faites par l'IA. J'ai l'impression qu'on n'a plus le goût de la difficulté. Moi, je trouve de la beauté dans le savoir-faire et dans la difficulté. Galérer à apprendre le piano, c'est magnifique, parce que quand on sait en jouer, c'est très beau. Aujourd'hui, on veut tout savoir faire tout de suite, et l'IA répond totalement à ce besoin omniprésent dans notre société. On veut faire de la musique sans l'apprendre. C'était déjà un peu le cas dans le rap : on ne sait pas faire de la musique, et on en fait quand même.
"Je préfère faire quelque chose de moins bien, galérer, payer très cher et faire des choses authentiques plutôt que d'utiliser l'IA."
C'est quelque chose qui vous effraie ?
Ça m'effraie, mais j'ai aussi une grande croyance en l'être humain. Je suis persuadé qu'on finira par en avoir marre de ces conneries. On va avoir besoin de se retrouver entre nous, de revivre des choses simples. On va être dépassés par tout ça : les voitures autonomes, l'intelligence artificielle partout, toute la recherche qui se concentre là-dessus. En plus, c'est en train de détruire une forme de vérité : si une marque sponsorise ChatGPT pour mettre son produit en avant, la réponse qu'on obtient n'est plus la vraie réponse, c'est une réponse commerciale. On s'y perd, on ne sait plus ce qui est vrai ou faux. Je pense qu'intérieurement, on va se sentir vide, et c'est déjà de plus en plus le cas, parce qu'on n'est plus raccrochés aux choses essentielles. Donc oui, l'intelligence artificielle me fait peur, parce que je vois qu'elle arrive en grande pompe dans l'industrie musicale. C'est un moyen de créer des artistes internationaux à bas coût, évidemment qu'il y a un intérêt économique. Mais j'ai quand même l'impression que le cœur humain n'est pas guidé que par l'économie, et qu'on a peut-être une chance de s'en sortir grâce à ce qu'on ressent, à nos émotions.
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Vous ne pensez pas vous en servir un jour ?
Non, jamais. J'utilise déjà des outils qui facilitent les choses, comme je te disais, je n'ai pas besoin de jouer d'un instrument pour faire de la musique. Mais je fais en sorte que dans mes clips et ma musique, l'IA n'intervienne jamais. Je refuse. Je préfère faire quelque chose de moins bien, galérer, payer très cher et faire des choses authentiques plutôt que d'utiliser l'IA.
"Si tu entres dans le quotidien de quelqu'un et que tu l'observes vraiment, tu peux y voir toute une forme de poésie."
Un film a été tourné sur vous. Qu'est-ce que ça fait de voir sa propre vie racontée par quelqu'un d'autre, avec du recul ?
C'est intéressant, parce que celui qui l'a réalisé est un ami à moi, James Loup, encore une fois, c'est toujours le même ! Comme on est très proches, il savait pertinemment comment j'étais et quels aspects de moi faire ressortir. N'importe qui d'autre m'aurait filmé, il aurait peut-être fait ressortir des choses différentes. J'étais à l'aise. Après, je me connais. Je passe souvent du temps à me regarder de l'extérieur, à me remettre en question, à faire de l'introspection, donc je n'ai pas été très surpris de ce que j'ai vu. Mais ce qui est intéressant, c'est que ça a permis de montrer un environnement et une vie assez simples que les gens ne voient pas. Par exemple, j'adorais l'émission Strip-Tease à l'époque. J'adorais plonger dans le quotidien, comme ça, des gens. Il y a toujours quelque chose d'intéressant chez n'importe qui. Personne n'est mauvais, personne n'est bon : ce sont des dilemmes moraux qu'on s'impose. Il y a du beau chez tout le monde. Si tu entres dans le quotidien de quelqu'un et que tu l'observes vraiment, tu peux y voir toute une forme de poésie. C'est pour ça que ce genre de programme est passionnant. J'aime montrer les vraies choses, sans artifice.
Vous êtes passé du coffre de votre voiture aux plateaux de médias nationaux. Est-ce que vous vous sentez toujours légitime dans ces espaces-là, les artistes parlent souvent du syndrome de l’imposteur, ou c'est encore un rôle que vous apprenez à jouer ?
J'ai toujours une sorte de schizophrénie nuancée. Une partie de moi se dit : "Pourquoi moi ?" J'ai plein d'amis qui font du rap depuis des années, qui n'arrivent pas à en vivre et qui galèrent, alors que moi, je tire mon épingle du jeu, même si je suis loin d'être arrivé. Donc, je me dis que je ne l'ai pas mérité. Et une autre partie de moi se dit : "Si, ce sont les dix ans de labeur d'avant. Il faut qu'on me paie maintenant, qu'on me donne ce que je mérite." J'ai ces deux côtés-là : un côté qui pense que je le mérite, et un autre qui se dit que ce n'est pas ma place. Je ne sais pas, c'est au public de décider.
"Tout est répétitif dans la vie, et c'est ça qui est bien : c'est comme ça qu'on s'améliore."
Beaucoup, une fois "révélés", partent à Paris. Vous, vous êtes resté près de chez vous. Qu'est-ce que ça représente de ne pas bouger ?
C'est d'abord une façon de rester ancré dans mes valeurs. J'ai le même groupe d'amis depuis vingt ans. Mon père habite là-bas, et pour rien au monde je ne le laisserais, je ne le mettrai pas en EHPAD. Il commence à vieillir, je serai toujours près de lui, c'est très important. Et puis je n'ai pas envie de me perdre dans une spirale, j'ai envie de garder les pieds sur terre. J'adore Paris, j'adore y voir des gens, mais justement parce que je n'y vis pas. J'ai peur de tomber dans un tourbillon. Il y a beaucoup de misère à Paris, beaucoup de difficultés, c'est très énergivore. Dans ma campagne, quand ça ne va pas, je vais au bord de la rivière. À Paris, si je ne vais pas bien, je vais faire du shopping ou longer la Seine, et ça ne me rend pas heureux. Donc, pour l'instant, j'essaie de rester chez moi au maximum. À long terme, je pense que je serai obligé d'habiter à Paris. Mais quand je partirai, je veux avoir les moyens de revenir quand je veux voir mon père et de rester proche de lui.
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Est-ce que vous voyez un lien entre le geste répétitif du travail à la chaîne et celui de l'écriture ou du freestyle, cette rigueur, cette cadence ?
Oui, ce sont des routines qu'on s'applique. Il y avait un rappeur, Népal, qui disait qu'il était en studio comme à l'usine. Moi aussi, je suis en studio comme à l'usine. Tous les jours, j'écris, j'écris, j'écris. Je fais la même chose : je cherche une instru, j'écris plus ou moins toujours les mêmes choses et j'essaie juste de mieux les formuler. Ça fait dix ans que je fais ça. Tout est répétitif dans la vie, et c'est ça qui est bien : c'est comme ça qu'on s'améliore. À vouloir changer d'activité tout le temps, on finit par se perdre. Je le fais de manière presque obsessionnelle, tout le temps. Donc, c'est comme à l'usine. Mais c'est quand même plus intéressant que l'usine : personne ne me force à le faire, c'est de mon plein gré.
Vous pensez à des featurings à venir ?
Là, j'ai fait ce feat avec Sofiane, donc c'est cool. Mais il y a plein de gens avec qui j'aimerais faire de la musique. J'aime beaucoup Lino : pour moi, c'est le gratin du rap français, un des meilleurs écrivains. Faire un morceau avec lui serait un honneur. Je pense aussi à la Fonky Family, des gens que j'apprécie énormément et qui sont très bons humainement. Et Booba, peut-être un jour, on verra.
"Il faut esquiver ceux qui viennent te demander de faire de la musique parce que tu as un statut, alors qu'ils ne te le demandaient pas avant."
Et en dehors du rap ?
Mylène Farmer, ce serait fou. Goldman a raccroché les gants, mais j'aurais bien aimé l'avoir pour écrire un titre. Et en variété, j'aime bien Angèle. Je ne ferai jamais de musique avec elle parce que nos univers sont trop éloignés, mais j'aime beaucoup sa musique. Je suis très ouvert, mais il faut que les mondes collent. Et au-delà de ça, j'aime bien faire de la musique juste pour passer du temps avec quelqu'un, qu'on sorte le morceau ou non. J'ai déjà fait des sons avec des gens que je ne sortirai jamais.
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Aujourd'hui que vous avez un livre, un documentaire, une notoriété qui grandit : qu'est-ce que vous avez peur de perdre, et qu'est-ce que vous refusez de perdre, quoi qu'il arrive ?
Mon intégrité. Il ne faudrait pas que je devienne une caricature de moi-même. Je veux être sincère, c'est tout. Je défendrai toujours la cause prolétaire, mais si un jour je m'enrichis, il faudra que je le dise, que je sois en accord avec ce que je raconte. Ça ne veut pas dire que mes combats disparaîtront, je les garderai. Mais j'ai peur de me mettre à mentir à un moment donné, comme certains youtubeurs qui continuent de dire : "Nous, on n'avait rien". Léna Situations prend déjà une vague de harcèlement assez solide, donc je ne vais pas en rajouter, mais ça pourrait être elle, Squeezie… Je pourrais citer beaucoup de youtubeurs qui entretiennent ce discours du : "On galère, on est pauvres", alors qu'ils ne le sont plus. Ça crée une forme de déconnexion. Mais en même temps, s'ils disent qu'ils sont riches, tout le monde leur tombe dessus. C'est un jeu assez compliqué avec le public. Moi, je pense que je m'en fiche : je dirai toujours ce que je pense, que ça plaise ou non. Et puis je suis bien entouré, j'ai de la chance. Il y a peu de risques que je pète les plombs.
Que faut-il esquiver dans la musique ?
Ceux qui viennent vers toi par opportunisme. J'allais dire ceux qui font du commerce, mais non : on peut faire du commerce et être honnête. Il y a beaucoup de gens très honnêtes dans l'industrie, alors qu'on la voit souvent comme le diable. Il faut esquiver ceux qui veulent gratter sur toi, sur ce que tu as. Ceux qui viennent te demander de faire de la musique parce que tu as un statut, alors qu'ils ne te le demandaient pas avant. Il faut éviter ceux qui sont aveuglés par les chiffres…