INTERVIEW

Serge Ibaka : "Le sport m’a appris à être patient, à développer mon leadership et à transmettre."

Publié le

3 juillet 2026

Du parquet des salles de la NBA aux premiers rangs des fashion week, Serge Ibaka trace sa propre trajectoire entre sport et mode. Le champion de la NBA avec les Toronto Raptors, aujourd'hui figure incontournable des podiums parisiens et new-yorkais, revient sur ce qui relie ces deux univers très distincts. Entre confidences sur son enfance au Congo, sa collaboration avec Nobis et les projets qui l'attendent, dont un projet de défilé en ligne sur la plateforme YouTube, l'athlète-entrepreneur livre une réflexion sincère sur le leadership, la transmission et l'héritage qu'il souhaite laisser à travers sa Fondation éponyme. Une rencontre où le sport et l'art se répondent, portée par le sens du détail et l'exigence d'un homme qui refuse de choisir entre ses deux terrains de jeu.

Serge Ibaka photographié par Daria Senin / Styliste : Mickael Carpin @FORWARDARTISTS / Gooming par Sergio Dellinger. Serge Ibaka porte un total look Juun.J et des lunettes de soleil Jacques Marie Mage.

En janvier dernier, vous faisiez sensation au défilé Kid Super à Paris. En septembre 2025, vous étiez à la fashion week de New York. À quel moment un basketteur décide que les podiums font partie de son terrain de jeu ?

Russell Westbrook et moi étions les premiers athlètes de la NBA à venir à la fashion week parisienne. Je viens du Congo où il y a cette culture d’être bien habillé et d’avoir un bon style. Ensuite, je suis allé vivre aux États-Unis, à New York, et j’ai joué dans la même équipe que Russell, qui adore la mode également. D’ailleurs, la mode a pris de plus en plus de place dans la NBA aujourd’hui, et comme j’ai toujours eu cette appétence pour ce domaine, j’y suis de plus en plus présent.

Vous avez dit : "Je ne m'habille pas, je fais de l'art. C'est un jeu différent". C'est quoi concrètement la différence entre quelqu'un qui s'habille bien et quelqu'un qui fait de l'art ?

C’est un état d’esprit. Tout part de là. Ton mindset te définit. Je m’intéresse à la mode parce que j’aime l’art avant tout. A la manière dont je m’habille, je me sens bien et aligné, ça se joue sur les détails et la façon dont les vêtements que je porte s’adaptent à ma personne. Une partie de moi a cette âme d’artiste aussi car je fais de la musique, j’ai un show de cuisine et j’ai un projet de défilé de mode en ligne sur YouTube à venir…

"Mon show de cuisine, la musique et la mode… J’ai toujours été actif en dehors du terrain de basket."


Vous avez sorti votre première collection avec Nobis : parkas, bombers… C'était un rêve de vous lancer de cette manière ?

Oui, ça a toujours été un rêve de me lancer dans ce type de projet et j’aimerais en faire davantage dans le futur. Quand l’opportunité est arrivée de collaborer avec Nobis, c’était le moment parfait pour le réaliser. C’est l’occasion de mettre en avant ma vision, mes idées et tout ce que je souhaitais valoriser dans le cadre du projet.

Serge Ibaka photographié par Daria Senin / Styliste : Mickael Carpin @FORWARDARTISTS / Gooming par Sergio Dellinger. Serge Ibaka porte un tuxedo Louis Gabriel Nouchi, un débardeur Newspeakstudio, un jean Eytys, des boots Louis Gabriel Nouchi, des lunettes de soleil Jimmy Fairly et une montre Audemars Piguet.


"Les premiers joueurs de la NBA à aller aux fashion week, c'était moi et Russell Westbrook." Vous vouliez dire que vous étiez les seuls à ne pas avoir peur du regard des autres en allant davantage vers la mode ?

Chaque personne a sa propre vision de la mode. Mais, pour moi, c’est au-delà, il y a aussi cette idée de confiance en soi qui opère, en fonction de la manière dont tu portes le vêtement ou à la façon dont tu te déplaces… Finalement, tout est mode. Russell est américain, nous avons évolué et grandi ensemble, c’est comme un frère. Il est toujours bien habillé parce qu’il adore ça ! Comme je disais, je suis congolais. Les Congolais sont les numéros 1 dans la mode ! Pas de doute là-dessus ! Être bien vêtu fait vraiment partie de la culture de nos familles, avec l’exemple de nos pères, nos oncles… Donc, vraiment, cette opportunité était logique pour moi, je me suis dit : "Pourquoi pas !".

"Grâce à Dieu, le basket m’a sauvé."


En 2019, vous êtes devenu champion de la NBA avec les Toronto Raptors. Est-ce que ce titre a changé quelque chose sur le terrain, mais aussi en dehors ?

Non parce que je faisais autant de choses avant : cuisiner avec mon show, de la musique… J’ai toujours été actif en dehors du terrain de basket. De même, je faisais autant d’activités avant de venir à Paris pendant les périodes de fashion week.  

Vous avez quitté le Congo gamin, pendant la guerre, avec presque rien. Le basket vous a sauvé ou vous vous êtes sauvé vous-même par le basket ?

Grâce à Dieu, le basket m’a sauvé. C’est Dieu qui m’a donné ce physique et ce talent, il m’a protégé, même dans le ventre de ma mère, pendant toutes ces années-là pour arriver là où je suis et m’en sortir avec le basket.

La veille d'un match, vous fermez les yeux et vous visualisez votre tenue du lendemain : les couleurs, les matières, comment ça va tomber... C'est une préparation mentale ?

Un jour, une des personnes de mon équipe m’a dit : "Tout ce dont tu prends soin hors du terrain, se traduit sur le terrain." Et il est vrai que quand tu prends soin de toi et de ton apparence, ça t’aide à être bien avec toi-même au quotidien. Cette énergie est importante. Avant chaque match, je veux me sentir bien. Il y a des jours où c’était difficile. Parfois, il y a six ou huit mois de compétition… Il faut enchaîner et donc être bien en phase avec moi-même m’aidait beaucoup à tenir le rythme.

"J’aimerais être inspirant et donner des opportunités aux jeunes grâce à ma Fondation."


Le sport vous a appris quelque chose que la mode ne peut pas vous enseigner, et inversement ?

Le sport m’a appris à être patient, à développer mon leadership et à transmettre. C’est un sport d’équipe. Tu travailles pour toi et pour les autres. Au départ, quand tu arrives dans le sport, tu es jeune, tu veux percer donc tu ne penses qu’à toi. Avec l’âge, et la nouvelle génération qui arrive, tu communiques davantage, tu aides. Tu apprends à te sacrifier pour que ton équipe puisse gagner. La mode m’a appris à développer mon langage artistique et créatif. On apprend à prendre soin de soi, de sa peau, à savoir comment parler, se présenter, et se respecter aussi.

Serge Ibaka photographié par Daria Senin / Styliste : Mickael Carpin @FORWARDARTISTS / Gooming par Sergio Dellinger. Serge Ibaka porte un tuxedo Louis Gabriel Nouchi, un débardeur Newspeakstudio, un jean Eytys, des boots Louis Gabriel Nouchi, des lunettes de soleil Jimmy Fairly et une montre Audemars Piguet.

En 2019, vous êtes retourné au Congo avec le trophée NBA pour dire aux enfants que "tout est possible". Aujourd'hui, c'est toujours le message que vous souhaitez transmettre à la nouvelle génération…

Oui toujours. En Afrique, quand j’étais un enfant, il n’y avait pas les réseaux sociaux. On nous disait que tu perdais ton temps si tu voulais aller en NBA ou qu’il fallait aller voir des marabouts. C’est faux ! Ce n’est pas ça le sport. J’ai amené le trophée pour que tous ces jeunes puissent le toucher et rêver de ça. Moi, je n’avais pas eu cette opportunité. On peut y arriver même si on n’a pas des parents nés en France ou en Amérique, et même si on a peu de moyens.

"Dans la mode, il ne faut pas surjouer, surtout si la pièce ou la marque ne matchent pas avec toi."


Dans 20 ans, quand on parlera de Serge Ibaka, que voulez-vous que l’on dise de vous ?

J’aimerais être inspirant et donner des opportunités aux jeunes grâce à ma Fondation, Serge Ibaka Foundation. On a des académies de basket en Afrique, au Sénégal et au Mali. On va essayer d’ouvrir au Congo. On y fait des camps de basket chaque année. On a des dizaines de jeunes, pas forcément tous, qui sont sortis de ces académies et qui ont eu l’opportunité d’évoluer en Europe, par exemple. C’est vraiment ce type de message et d’héritage que j’aimerais laisser.

Serge Ibaka photographié par Daria Senin / Styliste : Mickael Carpin @FORWARDARTISTS / Gooming par Sergio Dellinger. Serge Ibaka porte une chemise et un pantalon Llosa, un chapeau Loewe, un bracelet Vivienne Westwood et une montre Audemars Piguet.

Que faut-il esquiver dans le sport ? Et dans la mode ?

Dans le sport, il faut éviter d’être mal entouré. Si tu as du talent mais que ton entourage n’est pas bon, ça ne fonctionne pas. Dieu merci, j’ai été bien entouré. Pour ce qui est de la mode, il faut éviter des choses qui ne te vont pas bien, même si ça coûte cher… Il ne faut pas surjouer, surtout si la pièce ou la marque ne matchent pas avec toi.

Toutes les informations Serge Ibaka Foundation.

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