PHOTOGRAPHIE

"Remember Me" : la Collection Pinault célèbre deux siècles de photographie à la Bourse de Commerce

Publié le

22 juillet 2026

À partir du 7 octobre prochain, la Bourse de Commerce à Paris accueille "Remember Me. Chefs-d'œuvre de la photographie de la Collection Pinault", une exposition d'envergure réunissant environ 700 œuvres signées par plus de 70 artistes. L'événement coïncide avec le bicentenaire de l'invention de la photographie et marque la première fois que la Collection Pinault présente dans son ensemble ce pan majeur de son fonds, riche de plus de 8 000 tirages.

Annie Leibovitz, Andy Warhol, New York City, 1976, 1976

Un titre emprunté à Barbara Kruger

L'exposition doit son nom à une œuvre de l'artiste américaine Barbara Kruger : un œil photographié sur une texture évoquant la peau, accompagné des mots « Remember me ». Invitée d'honneur au même titre qu'Irving Penn et Raymond Depardon, Kruger investit la Rotonde du musée avec une installation inédite. Son travail caractéristique, mêlant texte et image, se déploie jusque dans les vitrines du Passage qui encercle la Rotonde, transformées en caissons lumineux diffusant des messages liés au souvenir dans tout le bâtiment. Placée sous le commissariat de Matthieu Humery, conseiller en photographie auprès de la Collection Pinault, avec la collaboration de Lola Regard, l'exposition s'inspire de l'ouvrage 100 chefs-d'œuvre de la photographie. Collection Pinault, paru en 2025. Contrairement au livre, organisé chronologiquement, le parcours de "Remember Me" se veut une déambulation libre, une sorte de "fugue" selon les mots du commissaire, qui met en résonance près d'un millier d'œuvres sans souci de chronologie.

Claude Cahun, Sans titre, 1936-1939

Un parcours pensé comme un jeu de correspondances

Matthieu Humery a conçu l'exposition à la manière d'un diorama inspiré des façons de regarder les images au XIXe siècle. Le parcours s'ouvre sur une photographie inédite d'Edward Steichen montrant des mains mélangeant des dominos, mise en miroir avec le célèbre portrait de l'appareil de Richard Avedon photographié par Annie Leibovitz, une manière d'annoncer d'emblée la règle du jeu : les images se répondent comme des rébus à travers les genres et les époques. Le parcours aborde ainsi tour à tour la fabrique de l'image, l'art de la composition, le portrait, le corps, la disparition et le "memento mori". Parmi les dialogues proposés : le regard de Marilyn Monroe saisi par Richard Avedon face à la réinterprétation de Cindy Sherman ; les marines de Gustave Le Gray répondant à celles d'Eileen Quinlan ; ou encore les hommes du XXe siècle, photographiés par August Sander confrontés à leur relecture par Sherrie Levine. Les mains occupent une place particulière dans le parcours, en écho à l'attachement paysan de François Pinault, la section leur étant consacrée précède volontairement celle dédiée aux visages et aux corps.

Peter Hujar, David Wojnarowicz, 1981

Irving Penn et Raymond Depardon à l'honneur

Deux artistes bénéficient d'installations dédiées. La Galerie 2 devient la "chambre de la mémoire" d'Irving Penn, avec plus de 400 photographies conservées par la Collection, dont les trois versions de son chef-d'œuvre Cuzco Children. Maître de la photographie de studio, Penn traitait chaque tirage comme un objet en soi, documentant au dos de chaque image son titre et ses procédés chimiques. La Galerie 3, elle, est consacrée à Raymond Depardon et à sa série culte sur le territoire français, réalisée à la chambre, en grand format et en couleur. Maisons, commerces, routes et places publiques y dessinent le portrait d'une France entre nostalgie et modernité.

Eileen Quinlan, Shut-in Set (Oh Sister), 2023

La mémoire comme fil conducteur

Pour Matthieu Humery, la photographie entretient depuis ses origines un rapport singulier au souvenir. Dès 1859, Charles Baudelaire en percevait déjà la valeur mémorielle : figer un instant, immortaliser un visage, faire survivre l'éphémère. C'est cette tension entre évanescence du souvenir et permanence de l'image que l'exposition explore, de Gustave Le Gray à Wolfgang Tillmans, de Man Ray à Richard Avedon, de Francesca Woodman à Raymond Depardon. Le parcours s'achève sur Ma dernière photographie de Man Ray, qui, malgré son titre, est en réalité une peinture sur carton représentant un carré noir. Un clin d'œil à l'abstraction chère à François Pinault, et un retour à la boucle : l'exposition commence et se termine sur une œuvre abstraite, en écho à l'architecture circulaire de la Bourse de Commerce.

Cindy Sherman, Untitled #21, 1978

"Remember Me", à la Bourse de Commerce (Paris Ier), à partir du 7 octobre prochain.

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