PHOTOGRAPHIE
Publié le
7 novembre 2026
La galerie Les filles du calvaire consacre sa première exposition personnelle à la photographe, du 12 novembre prochain au 16 janvier 2027.

Trois années passées au contact de la Légion étrangère française : c’est ce que présente Julie Joubert avec Patria Nostra, exposée à la galerie Les filles du calvaire, au premier étage de son espace historique du 17 rue des Filles-du-Calvaire, à Paris. Le vernissage a lieu le jeudi 12 novembre 2026.
Née en 1989, diplômée de l’École des Arts Décoratifs de Paris, la photographe s’est immergée dans plusieurs structures de la Légion en France : Aubagne, Castelnaudary, Nîmes, le Fort de Nogent, le camp de La Courtine dans la Creuse, mais aussi la Guyane. Elle en a tiré un corpus d’une soixantaine de photographies, qui documente les débuts du parcours des jeunes recrues : leur sélection, leur formation, puis leur intégration dans les régiments opérationnels. La série a valu à Julie Joubert le Prix Découverte Fondation Louis Roederer lors de la 57e édition des Rencontres d’Arles.

Corps d’élite de l’armée française, la Légion étrangère accueille des hommes venus du monde entier, qui ont tout quitté (patrie, langue, famille, culture) dans l’espoir d’une nouvelle vie. Certains fuient la guerre ou la misère, d’autres la justice de leur pays, d’autres encore sont simplement en quête d’aventure. À l’issue d’une sélection exigeante, ils reçoivent une nouvelle identité, comme la promesse d’une seconde chance. Dès ses premières immersions, la photographe a été frappée par l’uniformité imposée par les rituels militaires : crâne rasé, effets personnels retirés, uniformes identiques, entraînements intensifs destinés à "forger un corps nouveau". Tout concourt, explique-t-elle, à effacer le passé pour façonner un homme neuf, intégré à une fraternité qui devient "famille de substitution".

Face à cette homogénéité, Julie Joubert a cherché à révéler les nuances derrière la rigueur militaire. Les individualités s’affirment dans la frontalité de certains portraits, tandis que des tatouages apparaissent comme autant d’indices d’un passé parfois trop lourd. Elle a aussi proposé aux recrues d’écrire de courts textes sur leur parcours ou leurs motivations. Hésitants, raturés, multilingues, ces écrits disent selon elle la fragilité, la diversité et la sensibilité de ces hommes venus d’horizons si différents. Entre l’hypervirilité de ces corps en mutation et la vulnérabilité qui affleure dans certains gestes, la photographe propose un regard plus sensible, à rebours de l’imagerie officielle. Au-delà du cadre militaire, Patria Nostra interroge des thèmes universels : le déracinement, la quête d’appartenance, la reconstruction de soi. Pour l’artiste, la série devient une réflexion sur "nos origines, nos identités mouvantes" et sur la place que chacun cherche à se construire dans la société contemporaine.

Entre photographie plasticienne et documentaire, Julie Joubert explore le portrait, l’identité, la jeunesse et les représentations du masculin. Elle travaille sur des projets au long cours, où les corps et les visages révèlent à la fois la force de l’individu et sa vulnérabilité face au monde. Lauréate de nombreux prix (LensCulture Portrait Awards, Prix de la Nuit de la photographie, Passepartout Photo Prize, Grand Prix MAP Toulouse…), elle a également bénéficié en 2026 d’une bourse de soutien à la photographie documentaire du CNAP. Un livre, Patria Nostra, paraît en 2026 chez Loose Joints.
"Patria Nostra", Julie Joubert, du 12 novembre prochain au 16 janvier 2027, Galerie Les filles du calvaire, 17 rue des Filles-du-Calvaire, Paris IIIe.
Plus d'articles