DESIGN
Publié le
25 juillet 2026
Pour repenser l'avenir de la mobilité urbaine, Fiat a fait un pari singulier pour la Milano Design Week 2026 : confier une partie de sa réflexion sur le futur à une vingtaine de jeunes designers de 20 à 25 ans, réunis autour du projet "CIAO FUTURO !". Sous l'œil de Giorgetto Giugiaro, garant de l'ADN de la marque, et de François Leboine, responsable design, trois générations de créateurs ont confronté leurs visions pour imaginer ce que pourrait être la Panda de demain. Olivier François, à la tête de la marque, et François Leboine reviennent sur cette expérience éditoriale et industrielle, entre liberté créative et contraintes du réel : simplicité, accessibilité, retour à l'analogique... et surprise face aux attentes d'une génération qui n'achète plus de voitures comme avant.

"CIAO FUTURO !" est à la fois une salutation et une promesse. Qu'est-ce que cela représente concrètement pour vous, une direction stratégique ou un état d'esprit ?
Olivier François : "Ciao Futuro", effectivement, c'est une promesse, c'est une accolade au futur mais en même temps, c'est un peu une provocation parce que le futur de la mobilité urbaine est évidemment assez challengé. Il y a le fait que les voitures et les villes ne sont pas toujours d'accord, le fait que les jeunes achètent moins de voitures, donc l'initiative d'aujourd'hui consiste tout simplement à nous adresser aux jeunes designers qui ont entre 20 et 25 ans. On en a choisi une vingtaine et aujourd'hui, on a partagé avec le public et avec les journalistes, les trois propositions, les trois visions qui nous semblent les plus intéressantes. Personnellement, elles m'ont beaucoup stimulé. Comme président du jury, on a pris le designer Giorgetto Giugiaro. Il y a trois générations.
François Leboine : C'est vraiment un état d'esprit plus qu'une stratégie. Purement parce qu’il n'y avait pas d'attente particulière derrière ce projet, ça aurait été, entre guillemets, malhonnête d'avoir une attente alors qu'on ouvre le sujet de la création à des à des étudiants. Mais il y avait l'envie d'être surpris et de comprendre un peu mieux de quoi pourrait être fait le futur et comment on pourrait l'aborder dans nos sujets.
Olivier François : "Que nous demandent ces jeunes designers ? Ils nous parlent tous de simplicité."
Giorgetto Giugiaro, François Leboine, les étudiants de l'IED et de l'ISIA : trois générations autour de la table. Qu'est-ce que chaque génération apporte que les autres n'ont pas ?
Olivier François : Giorgetto Giugiaro, c'est le garant de la fidélité au concept et à l'ADN original de la marque : à l'aspect concret de la Panda, son honnêteté, sa simplicité et donc, c'est un garde-fou pour que le projet reste digne d'être appelé Panda. Les jeunes nous donnent leur vision de la voiture aujourd'hui. Il faut dire qu’ils n’achètent pas de voiture, pourquoi ? Quel serait un produit que, eux, achèteraient et puis, nous on est là pour aider tout le monde à rendre ces projets tout simplement faisables en termes industriels et en termes techniques.
François Leboine : Ce qui est évident, c'est qu’il y a des générations qui sont plus dans l'expérience ou dans la connaissance du sujet et qui, finalement, vont confronter la possibilité avec la réalité de ce qui peut être fait. Il y a des générations qui ont une certaine sagesse et qui ont une distance sur les choses. Et qui, elles, voient les choses déjà avec un autre angle, avec finalement un tri dans ce qui s'est passé dans l'époque et qui prennent plus de distance sur le sujet. Elles commencent à se poser la question du vraiment nécessaire d'un point de vue purement création industrielle. Donc ça, c'est intéressant. Et puis, il y a la jeune génération qui est pleine d'envie, d'espoir et qui est juste dans la pure création et qui ne se rend pas encore compte de la difficulté que c'est de produire un objet jusqu'au bout.

Confier l'image future d'une marque centenaire à de jeunes étudiants, c'est un pari audacieux. Y avait-il des lignes à ne pas franchir dans les propositions ?
Olivier François : On fait une belle mission de marque centenaire avec des jeunes. Et ça a été très intéressant et très encourageant parce qu'en réalité, que nous demandent ces jeunes designers ? Ils nous parlent tous de simplicité. Étonnamment, nous, les vieux, on a une idée des jeunes comme étant une culture extrêmement digitale, eux, nous demandent moins de digital, plus d'analogique, plus de concret, plus de choses qu'on puisse toucher, manipuler. Ils nous parlent d'accessibilité parce que, évidemment, les voitures coûtent trop chères et quand il me parle de voitures jolies, simples et concrètes, c'est très Fiat. Donc, ça veut dire, en réalité, que si on arrive à bien faire notre boulot et à projeter notre ADN Fiat, dans le futur, on a exactement ce que les jeunes nous demandent. Évidemment, entre rêver un design et le rendre concret, il y a beaucoup de chemin.
François Leboine : On a essayé de cadrer le projet de façon à ce que la réponse soit proche de ce que devrait être un véhicule pas trop cher, accessible, et qui correspondent en fait à ce qui est faisable dans le futur. On leur a donné un cadre qui était de l'ordre de la taille et un prix, on leur avait donné maximum 15 000 €. On s'est rendu compte que ces limites données ne signifiaient pas grand-chose pour eux, parce qu’ils n’avaient pas les notions industrielles et les connaissances techniques nécessaires pour savoir si ce qu'ils proposent est dans le prix ou pas. Finalement, ce qu'on a vu, c'est qu'ils n'ont pas eu de mal à sortir du carcan qu'on leur avait donné, mais par contre, ils ont du mal à vraiment se limiter sur quelque chose de « productible », de crédible en tant que prix.
François Leboine : "C'est important d’avoir un peu d’idées plus folles parce ça donne quand même de l'ambition à plus long terme. Et le but de l'exercice, c'était quand même de se projeter."
Les trois projets finalistes seront présentés au public. Qu'advient-il ensuite de ces concepts ? Ont-ils vocation à influencer directement un futur modèle de production, ou restent-ils des explorations ?
François Leboine : Ça ne sera peut-être pas des modèles de production tels que, mais clairement dans les tendances qu'on voit finalement se dégager des projets qu'on a exposés, certaines, on les connaissait déjà, elles se sont finalement révélées être vraiment plus fortes qu'on le croyait. Donc, j'ai envie de dire, d'un point de vue de tendance, qu’on sait déjà que ce sont des choses qu'on va assimiler, qu'on va intégrer dans les travaux que l’on va faire. D'un point de vue purement exécution des projets eux-mêmes, il y a des petites choses qu'on va retrouver parce qu'on a, nous-mêmes, des projets qui vont un peu dans cette direction-là. Puis, il y a d'autres choses qui sont un peu folles encore mais je pense que c'est important de les avoir parce qu’un peu de folie, ça donne quand même de l'ambition à plus long terme. Et le but de l'exercice, c'était quand même de se projeter. On a besoin de se projeter sur des choses qu'on ne sait pas encore faire.

Que faut-il esquiver dans ce type de création ?
Olivier François : Alors ce qu'il fallait esquiver pour un projet comme ça, c'est la démagogie, c'est-à-dire de dire aux jeunes : "Vos idées sont formidables.", mais en ignorant le fait qu'elles ne sont pas forcément réalistes et donc là, on a travaillé avec eux. En même temps, c'est un parcours d'éducation très intéressant pour un jeune designer d'être exposé à la frustration de ce qui est faisable par rapport à ce qui n'est pas faisable.
François Leboine : Je pense qu'il faut esquiver la facilité. Il faut esquiver la réponse attendue ou la synthèse de l'époque parce qu’on n'en a pas besoin. Il faut esquiver les à priori. Je pense que pour les étudiants, ce n’est déjà pas facile parce que ça apprend à être designer. Finalement, esquiver toutes les idées préconçues, c'est déjà l'art du designer parce que le but, c'est de surprendre, c'est d'apporter quelque chose de nouveau et, bien sûr, d'avoir une vision claire pour pouvoir la traduire physiquement.