INTERVIEW

Lazuli : “‘Alchimie’ est le projet le plus aligné avec moi-même."

Publié le

2 mars 2026

Après plus d’un an de silence, Lazuli revient en force avec “Caliente”, un single incandescent, puissant et profondément incarné. L’artiste dévoile dans la foulée sa grossesse, assumée en mode baby mama baddie, entre vulnérabilité et attitude à la Cardi B. Un symbole de renouveau qui pose les bases de son prochain projet, Alchimie, prévu ce début mars. Univers féminin, sensuel et affirmé, thématiques de liberté, de puissance et de transformation. Lazuli livre aujourd’hui son chapitre le plus intime. Celui d’une femme qui a cru devoir choisir entre maternité et carrière avant de comprendre que les deux pouvaient coexister, et même se sublimer.

Lazuli ©DR

Vous revenez en force avec votre nouveau projet Alchimie après un an. Pourquoi cette année de silence ?

J’étais enceinte. Au début, je voulais presque revenir comme si de rien n’était. Je suis un peu superstitieuse, j’avais envie de préserver mon enfant, de le garder pour moi. Pendant des mois, je me cachais, je m’habillais oversize, je sortais peu. Seule mon équipe proche était au courant. Et puis, avec le temps, je me suis dit : "Si je reviens, je dois revenir à 100 %". Cette grossesse faisait partie de moi. À un moment, j’ai compris : "Soit tu assumes tout, soit tu ne fais rien". J’ai décidé d’assumer jusqu’au bout.

Pourquoi appréhendiez-vous votre grossesse par rapport à votre carrière ?

Parce que quand t’es une femme, on te fait vite comprendre que tu vas devoir choisir. La musique, c’est un milieu d’image, d’exigence, de rapidité. Je me suis demandée comment j’allais gérer un enfant et une carrière. Et puis, j’ai eu un moment de doute plus large avec l’industrie. Tout mélangé, je me suis dit : "Est-ce que ce n’est pas le moment d’arrêter ?" Ça a duré deux ou trois jours. Un matin, je me suis réveillée en me disant : "Mais t’es folle, tu vas faire quoi si tu ne fais pas de musique ?" C’est la seule chose qui m’anime vraiment.

"Pour moi, un corps en mouvement transmet quelque chose d’irrésistible."

Comment décririez-vous votre univers artistique ?

Hybride. C’est le mot que je répète tout le temps. J’adore mélanger les genres : dancehall, baile funk, reggaeton, afro… J’aime quand les percussions tapent, quand la mélodie est presque mystique. On peut reconnaître certaines influences mais au final, le mélange donne quelque chose d’un peu insaisissable. Je ne sais pas me catégoriser. Je sais juste que je veux que ça donne envie de danser et que ça procure une émotion.

Quelle place accordez-vous à la danse dans votre musique ?

Une place centrale. Pour moi, un corps en mouvement transmet quelque chose d’irrésistible. Dès mes débuts, même sans budget, je voulais des danseurs sur scène. Quand je vois des danseuses créer des chorégraphies sur mes sons, ça me touche énormément. Si ma musique donne envie de danser, j’ai réussi.

Quel est votre rapport à la mode ?

La mode, c’est un autre langage. Avant la musique, je faisais de la couture, de la customisation. J’ai même envisagé de lancer une marque. Assembler des vêtements, c’est raconter une histoire. La danse, la musique, la mode : pour moi, ce sont trois façons de s’exprimer. Dans Alchimie, j’ai d’ailleurs participé aux choix des tenues, des décors… Je voulais que tout soit cohérent avec mon énergie.

"Je voulais montrer que tu peux être enceinte, en talons de 15 cm et en minijupe, et continuer à créer."

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant votre grossesse dans Alchimie ?

Parce que je me suis rendu compte que c’était un message. Je me suis vraiment demandée si c’était compatible. Quand j’ai compris que oui, je me suis dit que ça pouvait aider d’autres femmes qui pensent devoir choisir. Je voulais montrer que c’est possible. Que tu peux être enceinte, en talons de 15 cm et en minijupe, et continuer à créer.

Était-ce un geste militant ?

Je ne fais pas de politique, mais oui, c’est un geste fort. Quand on voit que certaines artistes ont encore des clauses interdisant la grossesse dans leurs contrats, c’est choquant. Voir des figures comme Cardi B assumer leur maternité publiquement, ça participe à normaliser les choses. Si moi aussi, à mon échelle, je peux faire passer ce message, alors tant mieux.

Lazuli

Qu’est-ce qui a été le plus dur en alliant grossesse et projet musical ?

La fatigue, clairement. Être enceinte de huit mois à courir aux rendez-vous, aux mix, chercher des tenues à Châtelet… c’était intense. Mais en même temps, ça m’a portée. J’avais l’impression de ne pas être seule. Je sentais l’aura de mon bébé en moi. Ça m’a donné une force incroyable.

"Quand je me vois à l’écran, je me trouve presque plus belle enceinte. Il y a une énergie différente, une sincérité nouvelle."

Quelle valeur ajoutée apporte cette grossesse au projet ?

De l’aura. Je fais beaucoup de journaling et j’avais écrit avant un tournage que les clips allaient briller parce que mon fils serait avec moi. Quand je me vois à l’écran, je me trouve presque plus belle enceinte. Il y a une énergie différente, une sincérité nouvelle. Musicalement aussi, je pense que mon interprétation a changé.

Qui sont les femmes sur votre cover ?

Ce sont des figurantes, mais elles représentent toutes les femmes qui m’ont entourée pendant cette grossesse. Amies, proches, collaboratrices. Ce projet a été fait en famille, dans l’amour. La cover devait refléter ce soutien, cette douceur et cette puissance collective.

Qu’est-ce que ce projet a de différent ?

Je suis revenue à mes bases sonores, tout en gardant l’hybridité. Mais surtout, j’ai tout supervisé : décors, stylisme, direction artistique. C’est la première fois que je ne suis pas déçue d’un clip, parce que j’ai été impliquée partout. Je me suis écoutée. J’ai adoré être présente à chaque étape. J’ai découvert que ce que j’aime, c’est créer de A à Z. Trouver les bonnes personnes, construire une vision cohérente. Une fois que tout était fini j’ai pleuré, pas de tristesse, mais presque de nostalgie parce que j’avais tout donné.

Est-ce le plus grand aboutissement de votre carrière ?

Oui. Le plus abouti, le plus sincère, le plus aligné avec moi-même. Je ne sais pas si c’est la “recette” du succès, mais c’est la manière de faire qui me correspond.

"Aujourd’hui, je préfère une petite équipe de confiance, même des amis d’avant la musique, plutôt qu’un entourage large et flou."

Quelle serait votre collaboration de rêve ?

En France, j’aimerais beaucoup travailler avec Hamza. Il est trop fort mélodiquement. Pour ce qui est des femmes : Aya Nakamura, Shay. Et j’écoute beaucoup Kalash. Collaborer avec des artistes que j’aime vraiment écouter, ce serait naturel.

Lazuli ©DR

Quels sont vos objectifs ?

Toucher plus de monde. Repartir en tournée. La scène me manque énormément. Je considère que je suis encore en développement, un peu underground. J’aimerais franchir un cap, sans perdre mon authenticité.

Qu’esquivez-vous dans la musique ?

Les “requins”. C’est un milieu dur. Avec le temps, on apprend à voir qui est là pour quoi. Aujourd’hui, je préfère une petite équipe de confiance, même des amis d’avant la musique, plutôt qu’un entourage large et flou.

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