MUSIQUE

GHOSTER : "Minor Tears", l’EP où la nuit se fait cinéma

Publié le

9 octobre 2026

Entre cold-wave, techno et énergie rock, le projet mené par Agathe Rousselle, Benjamin Nakache et Gregory Hoepffner dévoile un nouvel EP aussi sombre que viscéral.

Il y a des groupes qui choisissent un genre, et d’autres qui préfèrent la collision. GHOSTER appartient à la seconde famille. Avec Minor Tears, son nouvel EP, le projet affirme un univers où les textures électroniques rencontrent la tension du rock et les pulsations de la techno, quelque part entre certaines marges californiennes et une radicalité très française, libre et frontale.

Des producteurs, puis une voix

À l’origine de GHOSTER, une collaboration entre deux producteurs bien connus de la scène pop indépendante française : Benjamin Nakache et Gregory Hoepffner. Le premier a fait ses armes comme batteur (SHERAFF, puis The Death Set), avant de signer plusieurs EP et un album avec Total Warr. Depuis 2014, il forme avec Mathieu Rosen le duo Kirosen, qui compose pour le cinéma (Jim Queen, sélectionné en Séance de minuit au Festival de Cannes 2026), l’animation, le documentaire et la publicité. Le second est multi-instrumentiste, producteur et vidéaste. Sous les pseudonymes ALMEEVA, KABBEL et G.H.FRANCIS, il a vu sa musique accompagner la série Netflix Drive to Survive ainsi que de nombreuses campagnes de mode, dont Chanel. Il tourne aussi avec SURE et JEAN JEAN, en Europe, aux États-Unis, en Chine et au Japon. Leur premier EP, remarqué notamment grâce à une synchro pour Chanel, posait déjà les bases d’un son sombre, organique et d’une énergie brute. Il manquait une présence pour l’incarner.

L’arrivée d’Agathe Rousselle

Cette présence, c’est celle d’Agathe Rousselle. Révélée au cinéma en 2021 par Titane de Julia Ducournau, Palme d’or la même année, puis remarquée dans l’opéra Last Days au Royal Opera House, l’actrice et artiste partage sa vie entre Paris et San Francisco. En rejoignant GHOSTER, elle apporte une voix, un regard esthétique et une dimension scénique : elle incarne désormais autant le son que l’image du projet. De cette rencontre naît un live pensé comme une forme à part entière, où le post-punk dialogue avec la cold-wave, et où la tension sonore se prolonge dans le geste, la lumière et la narration visuelle.

Cinq titres, cinq ambiances

Tout commence avec "H-Bomb", hommage assumé à la musique électronique anglaise et à ses croisements interdits par les puristes. Le groupe y garde l’énergie sale du rock, en ôte les clichés et le mélange à l’esprit d’une rave où les Chemical Brothers partageraient l’affiche avec les Viagra Boys, parce que seul compte le son et son impact physique. Le morceau a été joué pour la première fois au Festival Aucard de Tours, et c’est exactement ce qui s’y est passé. Vient ensuite "A Girl Is a Gun", qui s’attaque à l’un des grands tabous de l’électronique : sortir de la grille et du métronome, casser la danse. Le tempo ne cesse d’augmenter, comme si Agathe, aux commandes du titre à la manière d’une pilote sans permis qui n’a pas prévu de se poser, entraînait le public de salle en salle, dans un club de plus en plus fou. Avec "Dogs From Hell", le ton se fait plus trouble : le morceau raconte l’attirance pour un endroit sombre et dangereux où l’on ne devrait pas être, où l’on n’est pas sûr d’aimer ce que l’on va voir, mais où la curiosité et l’attraction animale l’emportent.

Plus lumineux et groovy que ce que GHOSTER se permet habituellement, "Kiss My Tears" repose sur une ligne de basse née d’un "divin accident", qui rappelle la house originelle de Chicago. Le groupe a su qu’elle était la bonne le soir où le public s’est mis à la chanter avec lui, lors d’un concert resté mémorable. L’EP se referme sur "Speak The Truth", le titre le plus cinématographique et le plus émotionnel du lot. Agathe y passe d’un début incisif et sombre à une seconde partie vaporeuse et mélancolique, portée par un texte très évocateur. Encore un "accident" heureux : apporter un peu de tendresse post-rock dans ce hangar à techno sous la pluie, car parfois, il faut savoir accepter les sentiments et "parler vrai".

Un projet à voir autant qu’à entendre

Fidèle à son ADN hybride, GHOSTER accompagne l’EP d’un univers visuel fort : un court métrage éponyme, Minor Tears, et des clips pour "Dogs From Hell" et "H-Bomb", disponibles sur YouTube. Le projet avait déjà sorti les EP Fête sombre (HRCLS Rec, janvier 2019) et Sombre Crame (Atypeek Music, octobre 2022), accompagnés des clips "Crame 1" et "Crame 2" et de performances live ("Low Vibration", "Fête 1").

No items found.
No items found.
No items found.

Plus d'articles