MUSIQUE
Après deux EP remarqués et un Trianon à guichets fermés, le jeune Parisien publie ce vendredi 9 octobre son premier album. Un disque où il règle ses comptes avec l’industrie musicale et rend hommage à son père, percussionniste.

Il y a deux ans, Folie’s sortait "Folie’s je t’aime", un EP au groove suave, mélange de rap, de soul et de disco, qui avait rythmé l’été 2024. Ce vendredi, l’artiste parisien dévoile Divine, son premier album. Entre-temps, le garçon de Pigalle a cumulé environ 60 millions de streams et 7 millions de vues sur YouTube, et s’est fait remarquer bien au-delà de son quartier.
Son nom de scène vient des "Folies Pigalle", dans ce quartier à l’histoire artistique et musicale chargée dont il est originaire. Il y puise un goût pour la fête et un mélange de rap, de soul, de disco et de funk. Il y réinvente aussi les influences qui l’ont construit, de Stevie Wonder à Michael Jackson, pour dessiner une pop française "libre, sensuelle et hybride". Cet héritage, il l’assume dès ses débuts : "BAD" sample Cassiano, grand nom de la soul brésilienne, et "#playboy" s’inspirait de "Superstition" de Stevie Wonder. Divine pousse le geste plus loin. On y entend le Michael Jackson de l’époque Dangerous sur "Harajuku Baby" et "Pétasse", et des accents de Bruno Mars et de son 24K Magic sur "Mamimoto" ou "Bagues en or". Mais Folie’s refuse de s’en tenir à la citation. Il confronte ces références du passé à des flows et à des codes ancrés dans son époque, et c’est ce choc qui fait la singularité de sa musique. Dans "Bagues en or" cohabitent un sample de Niia Hall, phénomène internet des années 2010, et une référence à Asake, superstar de l’afrobeats nigérian. Dans "Alaska", Donna Summer et Madonna se croisent le temps d’une rime.
Les deux premiers hits, "BAD" et "Instinct Animal", lancent la machine. Le second explose sur TikTok et s’exporte jusqu’aux États-Unis. En mars 2025, le rappeur américain Lil Tecca reprend l’instrumentale de "Nosleeve" pour son tube "Dark Thoughts", qui dépasse les 300 millions de streams. Fin 2025, Squeezie révèle à l’occasion du Spotify Wrapped que Folie’s est son artiste le plus écouté de l’année. "Vitamine" et le freestyle "NY1504" pour On The Radar entretiennent la dynamique, suivis d’un second EP, "Sexy Summer", sorti progressivement durant l’été 2025. Le 22 novembre 2025, il joue son premier concert au Trianon, à guichets fermés.
L’album est parcouru de part en part par cette relation faite de fascination et de méfiance. Dans "Star Overnight", l’industrie est fantasmée : le morceau transpose dans le registre amoureux la fascination pour l’accession soudaine à la célébrité. Dans "Popstar" et dans l’outro "Divine", elle est dépeinte avec une lucidité et une sincérité brutales. Le disque ne sacrifie pas pour autant le mouvement. Sur "Voyou", la danse se mêle à une prise de position politique sans ambiguïté. L’ensemble se construit sur des tensions : entre le passé et le futur, l’intime et l’universel, le fantasme et la réalité.

Cet attachement à son héritage musical et familial se vérifie sur scène. En 2026, Folie’s place le live au cœur de son développement et tourne dans toute la France avec un live band complet, pour plus de 25 concerts sur l’année. Son père le rejoint ponctuellement aux percussions, comme sur "Vitamine". La tournée est passée notamment par le Printemps de Bourges, les Vieilles Charrues, Golden Coast, les Nuits Botanique à Bruxelles, Solidays et Les Ardentes. Son point d’orgue est prévu le 18 novembre 2026 à la Salle Pleyel, à Paris.
De cette relation complexe à l’industrie naît chez Folie’s une soif d’indépendance. Il s’auto-produit au sein de sa structure, Azur 1848, et pilote l’ensemble de son projet : direction créative visuelle (co-pilotée sur Divine avec le réalisateur Martin Raffier), fabrication du merchandising, stratégies de sortie. Il revendique l’ambition d’incarner "la pop star du futur", un artiste-entrepreneur en totale maîtrise de son projet et de son économie. Le premier featuring de sa carrière, avec Ebony, finaliste de la Star Academy, s’inscrit dans cette logique. Elle aussi trace un chemin nouveau et provocateur, dont leur morceau "Pétasse" se veut l’illustration.
Pour Divine, clips et pochettes jouent un rôle qui va au-delà de l’illustration : le son et l’image forment un univers commun, à plusieurs niveaux de lecture. "Star Overnight" peut s’entendre comme une simple ode amoureuse, mais son clip, réalisé par Etienne Saby, suggère une autre lecture en faisant du personnage féminin l’allégorie d’une industrie manipulatrice. Le clip de "Pétasse", signé Egan Kelly, met en tension des références du passé (new jack swing, blaxploitation) avec des réflexions actuelles : l’appropriation du corps féminin par l’industrie du divertissement, la question du traumatisme. Fruit de ces confrontations, Divine se veut le projet le plus ambitieux et le plus sincère de Folie’s.
"Divine", Folie's, disponible partout.
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