INTERVIEW
Derrière le pseudonyme Blowsom se cache un artiste pop francophone à la démarche résolument singulière. Autodidacte, il compose, produit, enregistre et mixe ses chansons seul, depuis son home studio, avec pour seule boussole la sincérité. Ses textes, qui parlent d'amour, de ruptures et de mélancolie du quotidien sans filtre ni pudeur, trouvent un écho profond chez ceux qui les écoutent, comme en témoigne le succès de son titre "Les passantes". Visuellement, il cultive un univers cohérent : teintes bleutées, images granuleuses aux allures de pellicule argentique et costume oversize légèrement négligé, contraste assumé entre l'élégance formelle et le cœur qui saigne. Le 21 mai prochain, il s'apprête à franchir une nouvelle étape en montant sur la scène de La Cigale.

Si vous deviez vous présenter en quelques mots…
Je fais de la musique depuis quelques années. Je propose de la musique pop en langue française, même si, avant, je chantais en anglais. Ma "particularité", c’est mon processus de création assez solitaire. J’ai appris de façon autodidacte à jouer des instruments, à m’enregistrer, à produire des chansons, à les mixer... Tout ça sous le pseudonyme de "Blowsom".
Que signifie votre identité artistique "Blowsom" ? Est-ce lié à ce déclic que vous avez eu, après vos années passées en Angleterre ?
A l’époque, j’avais envie de trouver un nom qui sonne presque comme celui d’un groupe. Je ne voulais pas utiliser mon prénom, parce que franchement, Arnaud... [Rires] La culture anglo-saxonne m’a très influencé et donc j’avais en tête des noms de groupes à résonance hindi, anglais. Le mot "Blossom" me plaisait énormément phonétiquement, mais aussi symboliquement : l’idée d’une fleur qui éclot, une espèce de changement, de tourner la page d’une vie qui est en train de développer un nouveau chapitre. J’ai légèrement modifié le mot pour créer "Blowsom", un terme qui n’existe pas, mais qui garde sa signification. Je sentais que j’étais en train de changer, que je passais à une autre phase de ma vie. Cette petite fleur qui éclot, symbolise ce moment.
"Ce que je remarque, c’est à quel point on est bridé par le regard des autres."
Vous allez bientôt vous produire à la Cigale, le 21 mai prochain. Qu’est-ce que ce concert représente pour vous ?
C’est énormément d’excitation, j’ai vraiment très hâte. La Cigale, c’est une des salles dans laquelle je suis le plus allé voir de concerts. C’est un peu "la plus petite des grandes salles" ! J’ai eu la chance d’y jouer en première partie l’année dernière, ce qui m’a permis de prendre mes repères sur scène. Mais cette fois, c’est la première fois que qu’il y aura autant de gens qui, visiblement, vont être réunis dans une même salle pour écouter ma musique. C’est quelque chose d’hyper fou. La date s’est décidée assez vite après le Point Éphémère. C’est une vraie étape. Nous serons quatre sur scène, ce qui sera l’occasion de revisiter un peu les morceaux. On a voulu créer un vrai spectacle avec un petit peu de scénographie. L’idée est de proposer un vrai premier show à la hauteur de ce que j’imagine. Je suis très excité, j’ai très hâte et je suis stressé…
Pourquoi avoir choisi de créer seul dans votre Homestudio ? Comment vous y êtes-vous pris, par exemple, pour votre titre phare "Les passantes" ?
Pour le titre "Les passantes", c’est marrant, j’ai fêté il n’y a pas longtemps les un an du jour où on l’a fait. C’est l’un des rares morceaux que j’ai faits avec quelqu’un… Je l’ai fait avec une amie, Julie, qui est pianiste et compositrice, hyper talentueuse. Elle fait très peu de sessions avec des artistes… A la base, on devait se voir pour faire de la musique de façon très spontanée. On partage pas mal d’influences en commun. Elle s’est donc installée derrière un petit synthé et a commencé à jouer des accords. De mon côté, j’ai ajouté une batterie, une basse, une guitare... et le morceau s’est créé comme ça. Il y a des moments où on a beaucoup d’attentes en création, surtout quand on n’a rien sorti depuis un moment et ça peut devenir une pression un peu nocive. Là, ce n’était pas le cas. J’avais déjà plusieurs morceaux, donc ça a sans doute aidé à garder quelque chose de très naturel. Ensuite, j’ai avancé seul : j’ai écrit les paroles, les mélodies de la voix. Cela s’est fait assez simplement. J’adore ce titre, surtout en concert quand les gens connaissent le morceau, c’est encore plus fou ! C’était vraiment un kiff de produire ce titre avec Julie et de voir la résonance qu’il a eue.
"Je trouvais ça marrant de raconter des histoires tristes, de mélancolie, d’amour, de chagrin, dans une tenue très ponctuelle. Le mec est en costard, mais il a le cœur brisé !"
Le fait de traiter du thème de l’amour, est-ce aussi une manière de dire à ceux qui traversent ces épreuves qu’ils ne sont pas seuls ?
J’aime beaucoup que tu formules en disant que "c’est pour que les gens se sentent accompagnés". Je reçois pas mal de messages de gens qui me disent : "Je suis en grosse rupture, tes chansons m’aident". Et à l’inverse, je reçois aussi des messages de personnes qui m’écrivent : "Je vais me marier avec ma meuf/mon mec et on écoute trop ta musique." Ce sont des moments importants. C’est marrant, parce qu’il y a le côté amour qui fonctionne bien, mais aussi le côté triste. Il y a un peu les deux et c’est trop beau de recevoir des messages comme ça. Tu te dis : "C’est fou, les gens comprennent ma musique et l’écoutent dans ces moments de leur vie." Quand j’ai commencé à chanter en français, je me suis dit que j’allais parler de choses "banales", du quotidien, mais à ma manière. Une manière touchante. Raconter sans trop de filtres et sans trop de pudeur pour débrider la sensibilité. Je sais que je suis quelqu’un d’assez sensible, là où certains essaient de masquer ça. Moi, je me suis dit que si je voulais être sincère dans mes chansons, il fallait dire vraiment ce que je ressens, ce que les gens se disent. C’est un peu ce fantasme de me dire que les gens se reconnaissent dans mes textes et apprécient la façon dont je l’ai dit.

Comment décrieriez-vous notre rapport à l’amour aujourd’hui ?
J’ai l’impression que notre rapport à l’amour a énormément changé. Ce que je remarque, c’est à quel point on est bridé par le regard des autres. On n’ose plus trop dire dans le sens où il ne faut pas avouer trop vite ses sentiments, il faut masquer parce qu’on a peur de trop se dévoiler à l’autre et je trouve ça un peu triste. On ne peut plus laisser libre cours à ses sentiments et on se préoccupe davantage de la façon dont la personne va interpréter ce signe. Je sais que ça paraît un peu "vieux réac’", mais quand on pense aux vieux films romantiques avec lesquels on a grandi, il y avait cette idée que si tu aimais quelqu’un, tu allais lui dire sans filtres, avec toute ton âme. C’est quelque chose qui, peut-être, se perd. Moi, en tout cas dans ma vie, j’aime bien dire les choses cash quand elles sont sincères et je n’ai pas envie de me poser trop de questions et de me dire qu’est-ce qu’elle va penser de ça, comment je vais paraître... Tu parlais des réseaux sociaux, mais surtout les applications de rencontres. L’accès à la tentation est dix fois plus grand qu’avant. J’ai l’impression que la fidélité ou la stabilité sont moins valorisées, au sens un peu "old school" du terme.
On remarque que certaines de vos vidéos sont filmées dans un format VHS qui rappelle un univers cinématographique, accompagné de couleurs pâles, sobres souvent marquées par le bleu. C’est pour mieux refléter la mélancolie de vos paroles ?
La couleur bleue, on ne l’a pas forcément anticipée, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de moi dedans. C’est une couleur que j’aime bien, donc forcément ça joue. Comme ma musique est assez mélancolique, je pense qu’inconsciemment, il y a ce lien avec le blues. Le bleu représente bien cette idée de mélancolie, de tristesse, peut-être même de froid. Pour ce qui est des clips, je suis souvent sensible aux images tournées à la pellicule. Ça me rappelle des films des années 1970 ou 1980. J’ai l’impression que ça raconte autre chose. Et puis, ça casse un peu le côté HD, très lisse de notre époque. Ça apporte du grain, une forme de romantisme et de poésie à l’image.
On sent que vos inspirations musicales vous suivent jusque dans votre style vestimentaire, ou je me trompe ?
Oui, il y a clairement un lien avec mes inspirations. Les Beatles, évidemment, étaient très souvent en costume. Au-delà d’eux, il y a quelque chose de très anglo-saxon dans les costumes que je porte. Ce sont souvent des coupes assez années 1990, un peu The Office, un peu négligées, légèrement trop grandes, oversize... Puis surtout, comme je crée des chansons d’amour, je trouvais ça drôle comme contraste. Le costume, c’est le symbole du côté apprêté, très corporate. Je trouvais ça marrant de raconter des histoires tristes, de mélancolie, d’amour, de chagrin, dans une tenue très ponctuelle. Le mec est en costard, mais il a le cœur brisé ! Ça cassait un peu l’aspect très mélancolique des morceaux.
Si vous étiez né à une autre époque, laquelle auriez-vous choisie et pourquoi ?
Je dirais les années 1970/1980. C’est suffisamment loin pour être vraiment dépaysant et en même temps, c’est une époque dont mes parents me parlaient. Le monde allait plutôt bien, c’était un peu l’héritage des Trente Glorieuses, il y avait du travail, après bien évidemment, c’était une autre époque. Tout n’était pas parfait, il y avait aussi des choses moins joyeuses. Mais l’idée d’un monde sans internet…
"J’aimerais continuer de faire quelque chose de personnel et le plus unique possible."
Et artistiquement parlant ?
Artistiquement, j’irais même jusqu’aux années 1960. Je pense aux Beatles, à tous ces groupes des années 1960-1970 qui ont fait du rock et de la pop.
Un feat que vous auriez aimé réaliser ?
Un feat avec Michael Jackson dans les années 1980. J’écoutais encore récemment des feats entre Paul McCartney et Michael Jackson, ce crossover de ces deux immenses stars.

On vous avait posé la question sur Quotidien, il y a trois ans, et je vous la repose aujourd’hui, avez-vous découvert depuis pourquoi votre prof de guitare, lorsque vous aviez 8 ans, est parti en prison ?
C’était une amie de ma sœur qui l’avait recommandé. Plus tard, c’est elle qui l’a recroisé et qui a appris qu’il était parti en prison pour des affaires liées aux stupéfiants. Je me souviens que j’avais reçu une toute petite guitare acoustique pour Noël. Il a été un super prof, je l’adorais vraiment. Il était très sympa, hyper pédagogique. Il venait à la maison et on a dû prendre 4 cours avant qu’il arrête de venir enfin, qu’il disparaisse. J’en garde malgré tout de très bons souvenirs. Vers 13-14 ans, j’ai vraiment repris la guitare et j’ai tout appris tout seul par la suite. Je ne suis pas un excellent guitariste, mais je pense que ce prof fait clairement partie des personnes qui m’ont fait aimer la guitare.
Si vous pouviez esquiver quelque chose dans la musique, ce serait quoi ?
Je ne sais pas ce que j’aimerais esquiver, mais je sais ce que j’aimerais garder comme cap l’idée de continuer à faire de la musique pour les bonnes raisons, c’est très important pour moi. Suivre mon instinct, écrire des chansons avec le cœur et continuer à raconter des choses sincères qui me touchent et les partager avec les gens. Peut-être esquiver certaines tentations comme par exemple se dire : "Telle chanson a bien fonctionné, vas-y, je vais essayer de refaire la même chose". Souvent, ce n’est pas une très bonne idée. En tout cas, j’aimerais continuer de faire quelque chose de personnel et le plus unique possible.
Blowsom sera sur scène, à La Cigale, le 21 mai prochain.
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