MUSIQUE
Publié le
5 novembre 2026
Du 19 décembre prochain au 21 février 2027, une rotonde de toile matelassée s’installe sur la Prairie du Cercle Nord. Dedans, 43 enceintes, 300 spectateurs et une idée simple : faire du son, et non de l’image, le centre de l’expérience.

Voilà longtemps que les outils de spatialisation sonore se multiplient, mais les expériences immersives restent pour l’essentiel pensées autour de l’image. Alcôv prend le contrepied. Ce pavillon itinérant, qui pose ses valises au Parc de La Villette pour une saison de 65 jours, se présente comme le premier auditorium éphémère entièrement dédié à l’écoute musicale spatialisée.
Le principe tient en une inversion : plus de scène face au public. Le spectateur se tient au centre d’une salle circulaire et peut s’y déplacer librement pendant les quelque 40 minutes que dure chaque séance. Autour de lui, 43 enceintes réparties dans la salle et au plafond dessinent un son à 360°, où chaque instrument occupe une place précise avant de se déplacer, de surgir ailleurs. Le dispositif repose sur la technologie L-ISA de L-Acoustics, développée avec Delacroix Studio, qui a aussi conçu un système de captation propre au projet pour restituer en salle la disposition exacte des musiciens lors de l’enregistrement. Les concepteurs revendiquent une première en France. L’image n’est là que pour servir l’écoute : six écrans circulaires de 5 mètres sur 5 et un écran LED de 9 mètres de diamètre suspendu au plafond accompagnent la musique, tandis que la création lumière de Jean-Christophe Aubrée fait de la lumière un élément mouvant.
La saison inaugurale, réalisée par le studio Cutback, repose sur trois œuvres conçues spécialement pour le lieu.
AIR – The Virgin Suicides, Radiant Experience. Vingt-cinq ans après la bande originale du premier film de Sofia Coppola, le duo réorchestre son album avec le compositeur et chef d’orchestre américain Roger Neill. Passée de la stéréo au son spatialisé, la partition voit chaque instrument gagner sa propre place dans l’espace. La partie visuelle est confiée à Antoine Jorel et Pierre Claude, déjà à l’œuvre sur la tournée anniversaire de Moon Safari.
Vivaldi – Total Baroque. Trois siècles après la publication des Quatre Saisons, le violoniste Théotime Langlois de Swarte et l’ensemble Le Consort ont enregistré l’œuvre pour l’auditorium. Chaque instrument dispose de son propre espace sonore ; on peut écouter depuis la place du chef, puis marcher pour suivre un violon ou en découvrir un autre. La Blogothèque et Cutback signent l’image.
PACO et les 4 saisons de Vivaldi. Le rendez-vous des plus jeunes, dès 3 ans : un conte écrit et raconté par Elodie Fondacci, illustré d’après les albums de Magali Le Huche (Gallimard Jeunesse). Les enfants, au centre de l’histoire comme de la salle, peuvent bouger, s’approcher d’un instrument, en suivre un autre.

L’expérience commence avant d’entrer dans la salle. Le public traverse d’abord une galerie accueillant Objets sonores, exposition sur l’histoire de la reproduction sonore, commissariée par Laurent Massaloux et Jean-Yves Leloup. On y croise notamment le tourne-disque Weltron 2007, soucoupe volante du Space Age, ou le lecteur CD mural de Naoto Fukasawa pour Muji, jusqu’à des créations contemporaines de Teenage Engineering. L’olfactif n’est pas oublié : la parfumeuse Emmanuelle Grin a imaginé une ambiance puisant dans les bois, les résines, le vernis des instruments et le métal chauffé, présente à l’accueil puis effacée à l’entrée de la salle. L’identité sonore, signée Nömak, relie quant à elle les séances entre elles. Autre parti pris : les téléphones sont confiés à l’accueil et rendus à la sortie, pour quarante minutes d’attention complète. Des temps photo sont prévus en amont du parcours.
Dessinée par l’architecte Pétronille Leroux et fabriquée par High Point, la structure cylindrique associe une charpente en bois à une toile gonflée et clampée, clin d’œil assumé au matelassé des maisons de couture. Elle abrite une boîte acoustique dotée d’une ossature métallique qui supporte scénographie et sources lumineuses. Les parois modulaires s’adaptent à la palette de chaque artiste, et le mobilier sur mesure, les parements de bois et les teintures de coton installent une atmosphère chaleureuse. Le pavillon se monte en trois semaines et se démonte en une dizaine de jours. Chaque élément est pensé pour être réemployé lors des prochaines installations, dans une démarche éco-conçue. Sa faible emprise au sol et son accès par mobilités douces permettent de l’envisager aussi bien en centre-ville que dans des territoires plus reculés. Les œuvres, elles, voyagent avec lui, ce qui doit offrir aux artistes une nouvelle source de revenus.
Cutback, studio créatif français fort de vingt ans d’expérience en scénographie musicale et vidéo, est actionnaire majoritaire et investit dans le format depuis cinq ans. Il est accompagné par Bérénice Lurton, ECA2, Trail Capital et la BPI, avec le soutien de la région Île-de-France et du CNC. Le projet est par ailleurs financé par l’État dans le cadre de France 2030. La direction générale est assurée par Thomas Bellenger, Gregory Lecourt et Romain Perussel, la direction artistique par Frédéric Lavie.
Parc de La Villette, Prairie du Cercle Nord, Paris, du 19 décembre 2026 au 21 février 2027, 7 jours sur 7. Séances : environ 40 minutes, 300 places maximum, jusqu’à 12 par jour ; première séance à 10h, dernière écoute à 21h, fermeture à 22h.