FOOD
Publié le
23 février 2026
Il est des adresses qui s'imposent d'emblée comme des évidences. La Maison Blossom, nichée au cœur du Faubourg Saint-Honoré au sein du Sofitel Paris Le Faubourg (Paris VIIIe), en fait partie. Depuis plusieurs semaines, c'est Christophe Chottin qui en tient les cuisines, et un déjeuner suffit à mesurer l'ambition de cette nouvelle page.

Passé la porte du 11 bis rue Boissy d'Anglas, la salle accueille avec cette élégance discrète propre aux grandes maisons parisiennes. Cinquante couverts, une lumière tamisée, le murmure feutré d'une clientèle mêlant habitués du quartier et voyageurs en quête d'authenticité. On comprend immédiatement que l'on n'est pas venu pour une carte branchée aux influences lointaines, mais pour quelque chose de plus intime : la cuisine française, dans toute sa profondeur.

Étudiant en économie reconverti par un coup de foudre culinaire lors d'un séjour en Nouvelle-Zélande, Christophe Chottin n'a pas suivi la voie classique. C'est la mémoire des gestes familiaux — ceux de sa grand-mère, les fromages de chèvre et les charcuteries de son enfance en Touraine, les vins de Loire — qui a façonné sa sensibilité. Après avoir gravi les échelons jusqu'au poste de sous-chef exécutif dans des brigades étoilées, il revient aujourd'hui à l'essentiel avec une conviction rare : défendre une cuisine française précise, généreuse, enracinée dans les terroirs.

"Ce que je souhaitais transmettre à chacun, c’est ce côté réconfortant que l’on retrouve sur la carte en cette saison hivernale", nous précise le Chef, posant délicatement nos plats sur la table, après avoir dégusté nos entrées : une salade de butternut rôtie et légumes d’hiver accompagnée d’une vinaigrette miel et agrumes, ainsi qu’un velouté de champignons œufs pochés, panais, chips de jambon de Bayonne et tuiles de parmesan.

Ce midi-là, le semainier est à l'honneur. Ce rendez-vous rythmant les déjeuners et dîners met chaque jour en scène une spécialité du répertoire français. Un principe simple, presque évident, mais qui demande en réalité une exigence absolue : on ne peut pas tricher avec un bœuf bourguignon ou une blanquette de veau ! C’est d’ailleurs cette blanquette de veau à l'ancienne qui s'impose comme un choix naturel. Elle arrive sans fioritures superflues, dans une présentation nette qui laisse la matière s'exprimer. La sauce est d'une blancheur crémeuse parfaite, liée avec précision, sans lourdeur — c'est précisément ce que Chottin revendique : l'exactitude des cuissons, la justesse des jus, la noblesse des sauces, cet héritage d'Escoffier érigé en art. La viande, fondante et nacrée, confirme que la maîtrise technique est au rendez-vous. La carte propose d’autres belles pièces de saison : la Volaille jaune rôtie aux champignons, purée de pommes de terre et sauce poulette, qui rappelle les saveurs de l’enfance, et la purée de votre grand-mère dont vous gardez des souvenirs impérissables.

En fin de repas, c'est la cheffe pâtissière Shereen Khelif qui signe la conclusion. La crème brûlée — classique parmi les classiques — est irréprochable, caramel craquant et appareil soyeux. On note aussi d’autres plaisirs sucrés : la tarte fine aux pommes caramélisées, le Mont-Blanc aux marrons, et la signature de la maison : le soufflé au Grand Marnier. Les estomacs plus timides pourront apprécier l’irrésistible café gourmand, entre salade de fruits, mousse au chocolat et pavlova citron. La sélection vineuse est à l'image de la cuisine : française, diverse, exigeante. Grands crus et découvertes de vignerons passionnés se côtoient dans un accord naturel avec les plats.

Ce que réussit Christophe Chottin à la Maison Blossom, c'est une forme de confiance tranquille. Pas de provocation, pas d'effet de style : la conviction que la tradition culinaire française, lorsqu'elle est portée avec soin et sincérité, n'a besoin d'aucun artifice pour émouvoir. Un déjeuner qui réconcilie les Parisiens avec leurs propres racines gourmandes, et qui donne envie de revenir dès la semaine suivante — pour la blanquette de veau, notamment !
Maison Blossom — 11 bis rue Boissy d'Anglas, Paris VIIIe
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