FOOD
Publié le
12 août 2026
Au 125 rue de Charonne, dans le XIème arrondissement de Paris, une façade en bois rouge attire l'œil des passants. Derrière cette vitrine évocatrice d'un feu ardent se cache 175°C, une rôtisserie-traiteur nouvelle génération qui a ouvert ses portes récemment, portée par l'histoire personnelle de son fondateur, Baptiste Huet.

Tout commence en 1995, lorsque Evelyne et Fabrice Huet, originaires du Perche, fondent la Boucherie Huet à Boulogne-Billancourt. Trois ans plus tard naît Baptiste, qui grandit littéralement au milieu des étals de cette adresse emblématique. De cette enfance, il garde le souvenir des files d'attente qui s'allongeaient le week-end devant la boucherie, et de l'odeur si particulière de la rôtissoire qui se répandait dans tout le quartier. "Plus jeune, je me levais tous les jeudis à 00h50 pour accompagner mon père aux achats à Rungis. Cette période m'a immensément forgé, mes parents m'ont inculqué les rudiments du métier et très tôt, un rêve s'est imposé à moi : celui d'ouvrir un jour ma propre rôtisserie. Un rêve qui ne m'a jamais quitté", confie Baptiste Huet.

Avant de concrétiser ce rêve, Baptiste bâtit une expertise étoffée : école hôtelière Vatel à Bruxelles, master en management de l'hôtellerie-restauration à Ferrandi Paris, puis des expériences dans des établissements prestigieux comme le Ritz Paris ou le Marriott de Hong Kong. De retour en France, soucieux de maîtriser parfaitement l'art de la rôtisserie, il complète sa formation par un CAP Boucher. Aujourd'hui âgé de 28 ans, il concrétise son rêve avec 175°C, un nom qui n'est pas anodin : il évoque la température idéale de rôtissage, symbole de rigueur et d'obsession pour la cuisson parfaite. Ce projet, sacré "Meilleur projet food" 2024 par un collège d'experts réunissant chefs et critiques gastronomiques, s'entoure d'un Chef de talent, Jules Sevenet, 28 ans également, formé auprès de grands noms comme Alain Ducasse ou Joël Robuchon.

Si le poulet rôti reste une valeur sûre, le véritable pari de 175°C est ailleurs : mettre en lumière des produits rarement travaillés à la broche, comme la poitrine de porc roulée ou le chou-fleur. La cuisine dispose ainsi de deux rôtissoires distinctes, l'une pour les viandes, l'autre pour les légumes, afin de respecter les saveurs et textures propres à chaque produit. "Rôtir, c'est une technique, pas un ingrédient. La broche sublime autant un agneau qu'un chou-fleur. J'ai la conviction que les légumes méritent autant de soin, de technique et de créativité que les viandes", résume Baptiste Huet. Côté approvisionnement, la maison privilégie les circuits courts : volailles de la Ferme du Luteau, porcs de la Ferme des Cochonnailles du Haut-Bois dans le Perche, et fruits et légumes fournis par FoodFlow dans le respect des saisons, le tout dans un rayon de 300 km autour de Paris.

D'origine vietnamienne, le Chef Jules Sevenet mêle influences asiatiques et techniques françaises traditionnelles dans une cuisine qu'il qualifie lui-même d'instinctive. Le poulet et le chou vert se marient à un mélange d'herbes de Provence, miel et moutarde de Dijon ; l'agneau et le chou-fleur profitent d'une marinade persillée ; tandis que le gochujang, pâte de piment fermentée coréenne, vient relever les carottes et la poitrine de porc rôtie. Parmi les sauces signature, la mayonnaise fumée maison s'impose déjà comme un incontournable.

Fidèle à l'esprit des commerces de bouche d'autrefois, le service chez 175°C se prolonge dans un échange direct avec les clients, avec conseils sur les quantités et suggestions d'accords. Pour le déjeuner, deux formules sont proposées : la formule sandwich et la formule plat. Côté sandwichs, préparés minute et servis dans un bun brioché ou une baguette, on trouve notamment le poulet effiloché à la mayo fumée, guindillas et pickles, ou la version à la poitrine de porc, sauce Bulldog et chou blanc. Les options végétariennes ne sont pas en reste, avec les carottes rôties sauce Bulldog et cébette, ou le chou vert rôti accompagné d'une sauce roquette-jalapeño et parmesan. Pour un repas à emporter, les plats en barquette incluent un quart de poulet, de la poitrine de porc, du chou vert ou des carottes rôties, accompagnés au choix de pommes de terre, riz sauté, poêlée de légumes persillée ou purée de carottes à l'orange. En dessert, on retrouve des classiques comme la mousse au chocolat, la tarte aux fraises et oseilles, le fondant marron et crème crue, ou la pomme rôtie yaourt et miel, sans oublier les cookies imaginés par la sœur de Baptiste, cuisinière de formation.

De grandes étagères accessibles aux clients complètent l'expérience avec une sélection de vins majoritairement naturels, choisis auprès de vignerons indépendants, ainsi que des sauces de la maison SOSU, des terrines La Cuisine de Marion, des bières de la brasserie La Vertueuse, ou encore les Chips du Perche, clin d'œil aux origines normandes de Baptiste. T-shirts, maniques et autres objets à l'effigie de la maison sont également disponibles.

La façade en bois rouge, ornée des lettres peintes à la main par les Enseignes Brillo, annonce d'emblée les codes d'un commerce de bouche traditionnel. À l'intérieur, deux immenses rôtissoires fabriquées à la main par Rotisol trônent face à l'entrée, l'une d'elles réalisée sur mesure dans une teinte orangée. Les meubles ont été conçus par A.M.A Agencement, la même société qui avait réalisé la boucherie des parents de Baptiste, et qui accompagne aujourd'hui des adresses de référence comme la Maison Verot ou Arnaud Nicolas. Un grand meuble en bois foncé brut accueille le coin épicerie, tandis que photos de famille, bibelots et carafes orangées chinés dans les brocantes du Perche parsèment l'espace. La vitrine en faïence rouge caramel contraste avec les murs aux carreaux blancs typiques des boucheries d'époque, adoucis par des joints de carrelage rouge "terre battue".

C'est une fois la barquette ouverte que la promesse de 175°C prend tout son sens. Lors de notre visite, nous avons pu goûter un généreux assortiment de légumes de saison : aubergine, poivron et courgette, aux côtés d'un poulet fermier à la chair particulièrement moelleuse. L'ensemble était accompagné d'un véritable tour de sauces maison : la mayonnaise fumée au four, la sauce Bulldog et une méchouia parfumée, chacune apportant sa propre signature au plat. En entrée, les poireaux vinaigrette et la purée de carotte à la note d'orange ont confirmé le soin apporté aux légumes autant qu'aux viandes. Et pour clore le repas sur une note gourmande, la mousse au chocolat, préparée selon la recette de la grand-mère du Chef Jules Sevenet, s'est révélée être un dessert d'une belle simplicité, réconfortant et fidèle à l'esprit de transmission qui anime toute la maison.
175°C, 125 rue de Charonne, Paris XIe
Du mardi au samedi, de 11h30 à 14h00 et de 17h00 à 20h00 / Vente à emporter