INTERVIEW
Publié le
30 mai 2026
Le deuxième album de Zélie, Le cœur et sa dictature, est un opus où il fait bon vivre et bon d'avoir envie de chialer. Les deux en même temps, ça dépend des chansons, et c’est pour cela qu’il est fort. Des hauts et des bas comme dans la vie. D’ailleurs, cet album parle de sa vie à elle avant de finir par parler à la vôtre. C’est sans doute pour cette raison qu’une heure trente après l’interview, pendant son passage au festival Le Jardin du Michel, à Toul, on a vu du sel couler sur les joues, et des mains s’entrechoquer bien haut. Zélie a 24 ans. Elle est au début d’une longue série de concerts, a sorti son deuxième album le 27 février dernier et sera à l’Olympia en fin d’année, le 1er décembre, déjà complet. S-quive l’a rencontrée dans l’espace presse du festival, assise dans un transat en toile à l’ombre, avec son thé glacé dans une main et sa pointe de stress pré-scène dans l’autre. Peut-être ambiance sérum de vérité.
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Vous étiez au Festival de Cannes, là vous allez enchaîner les dates. C’est un rythme intense. Comment est-ce que vous vivez les moments où tout retombe un peu ? Les périodes plus calmes ?
C’est une question qui tombe plutôt bien parce que j’ai eu beaucoup de mal avec les moments de calme. Je n’ai pas à me plaindre du tout, c’est une chance d’en avoir ! Mais je suis comme une ouf dans l’émulsion d’une tournée ou face à des échéances. J’ai un rythme de vie dans lequel je me sens épanouie, même si c’est beaucoup de stress. Récemment, j’ai eu un mois et demi de pause sur ma tournée, je n’avais pas énormément de choses à faire et j’étais beaucoup chez moi. Ce sont des périodes où tu redescends de tout, tu te rends compte de ce qui se passe, tu revois les images, tu pleures beaucoup. C’est hyper important d’essayer de profiter de ces instants-là, ne serait-ce que pour voir ma famille, cuisiner, parler d’autre chose, me rendre compte que je reste une meuf de 24 ans, avec ses moments d’ennui et ses moments où ça ne va pas. Donc les moments de calme, je suis en train d’apprendre à les gérer.
L’écriture, c’était une passion que vous aviez avant de commencer à écrire des sons ?
Oui, je suis plus passionnée d’écriture, que de composition ou de chant. Et j’ai été amenée à lier les deux. J’ai un papa qui écrit énormément et il nous a toujours un peu poussés à faire pareil avec mon frère, à avoir des journaux intimes, à écrire des poèmes… Donc sans faire de choses grandioses, je posais sur papier ce que je ressentais. À l’école je préférais les matières littéraires. Et la première chanson est venue quand on m’a offert un ukulélé.
“En été, tous les ans, je me réserve un temps pendant lequel j’écris sur ce que j’ai ressenti pendant l’année.”
Est-ce que vous trouvez encore des moments pour écrire juste pour vous, sans penser à ce que ça va devenir ?
Ça devient naturel que ce soit notre travail et je dirais qu’il faut se rappeler de le faire aussi pour soi. Quand on écrit une chanson, on pense au moment où elle va sortir, ça m’arrive d’écrire avec Alex et de me dire : “Ça va être quoi la trend TikTok que je peux créer ?” C’est un peu énergivore et ça ne fait pas des super musiques. Donc en été, tous les ans, je me réserve un temps pendant lequel j’écris sur ce que j’ai ressenti pendant l’année, c’est une forme de journal intime, mais bon, sur ordi. Je sais que ça ne sortira jamais, je sais que c’est pour moi. Et ça me fait vraiment du bien d’écrire sans penser à commercialiser ou à vendre.
Vous disiez sur France Info que le but avec ce deuxième album, c’était de voir ce que ça faisait quand on “s’écoute à 200 %”. L’album est sorti le 27 février dernier. Avec un peu de recul maintenant, qu’est-ce que ça vous a fait, justement ? On demande souvent aux artistes comment ils se sentent avant une sortie, mais beaucoup moins après. Surtout quand l’album est aussi intime que celui-là.
Oui, c’est vrai !
"On n’est jamais aussi épanouis que quand on crée un projet et qu’on a l’impression qu’on est en train d’évoluer. Personnellement, la création de cet album, c’était la plus belle période de toute ma vie."
Alors qu’est-ce que ça vous fait aujourd'hui ?
Je me sens bien. Je me sens surtout bien de savoir que cet album va durer grâce aux concerts et on commence une tournée assez importante, ça ne m’est jamais arrivée d’en faire autant, mais c’est vrai qu’il y a un énorme vide après. Et d’ailleurs, c’est le cas pour pas mal d’artistes, je discutais avec certains qui me disaient que, eux aussi, préféraient la période de création. C’est là où on ne peut que fantasmer des choses... mais sans se perdre. C’est agréable de composer, d’aller au bout des chansons, de réfléchir aux arrangements et de se dire : “Putain, ça se trouve, cette chanson, elle va faire ci, elle va faire ça. J’ai hâte de la faire sur scène !” Et ce sont des moments de… On n’est jamais aussi épanouis que quand on crée un projet et qu’on a l’impression qu’on est en train d’évoluer. D’un autre côté, ce n’est pas sorti, donc on est en train de rêver. Personnellement, la création de cet album, c’était la plus belle période de toute ma vie.
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"Les périodes de création sont des pures séances de psy !"
J’imagine que l’idée de la scène aussi, est plus stressante.
Oui complètement ! Et j’aime les périodes de création parce que je sors des choses de moi que je ne soupçonnais pas. Ce sont des pures séances de psy ! C’est trop bien.
C’est un album beaucoup plus intime. Qu’est-ce que ça vous fait de le présenter sur scène ? Est-ce que ça change quelque chose par rapport au premier ? Ça doit déjà être une étape de monter sur scène et de raconter des choses aussi personnelles.
Je pense que les choses que j’ai à raconter évoluent avec mon âge. Sur mon premier album, j’avais déjà l’impression que ce que je disais était hyper intime, c’était ma première carte de visite au monde. Sur cet album-là, c’est particulier parce que ce sont des sujets compliqués, les agressions sexuelles, le divorce de mes parents… D’ailleurs, sur la première scène qu’on a faite, je me suis un peu effondrée après avoir chanté Ce Corps. Je me rendais compte de ce que j’étais en train de dire aux autres, de l’impact que ça avait sur eux et j’ai vu des gens pleurer dans le public. En même temps, c’est pour ça que j’ai fait cet album et je me sens bien et prête, je me sens plus alignée que sur le premier donc je vis mes chansons à 200 %. Parallèlement, je suis émue tout au long du concert parce que c’est hyper perso.
Justement, l’album évoque le rapport au corps, les regards posés dessus. Aujourd’hui, est-ce que vous mettez quelque chose en place pour vous éloigner de ça ? Je pense notamment aux réseaux sociaux, qui ont un impact. Est-ce que vous vous imposez des limites ou certaines règles ?
Oui pour ma santé mentale je fais des pauses sur les réseaux sociaux, je les désinstalle de mon téléphone. Je vis sans. Et je découvre que je n’ai pas du tout envie d’y retourner ! Mais encore une fois, c’est dans les périodes plus calmes, où je suis beaucoup chez moi à regarder les autres. Et dès lors que je sens que ça m’atteint au point de ne même pas être contente pour les gens, je retire tout de suite. Ce n’est vraiment pas ce que je veux devenir. Il y a de la place pour tout le monde. J’ai envie qu’on soit plein à péter et qu’il y ait plein de modèles de projets féminins, pour toute la nouvelle génération. Donc, je supprime totalement les réseaux et ça m’aide beaucoup. Je vois une psy aussi une fois par semaine. C’est hyper salvateur. Donc oui, depuis deux ans, je me force à tenter des choses pour voir si ça aide mon anxiété. Honnêtement, ça fonctionne très bien de supprimer les réseaux. Ne serait-ce que se réveiller le matin et commencer sa journée sur autre chose, je n’en sais rien, regarder dehors… Ça paraît pas grand-chose mais c’est énorme.
“Il y a une vraie volonté de sororité.”
Je sais que ça ne fait pas si longtemps que vous faites de la musique, en tout cas que vous évoluez dans cette industrie, mais est-ce que vous avez l’impression qu’aujourd’hui, elle est plus sorore ?
J’ai l’impression. C’est vrai que je débarque un peu dans une génération qui est déjà dans cette volonté, donc je ne me rends pas forcément compte de ce que c’était avant. En tout cas, petit à petit, j’apprends à vraiment être sincère dans ma sororité. Comme je le disais, en essayant de dégager les pensées négatives ou même, quand elles m’arrivent, de me dire : “Non, ce n’est pas comme ça que je veux raisonner. Ce n’est pas sain, ni pour moi, ni pour les autres.” Donc, c’est un vrai travail que je fais au quotidien. C’est un travail que mes copines artistes font aussi. J’ai quand même l’impression que oui, il y a une vraie volonté de sororité. Et il y a une vraie volonté de faire des feats entre nous, de faire des sessions, des co-plateaux, on se trouve trop stylées, on s’inspire les unes les autres. Je me dis souvent : “Je suis ravie qu’il y ait autant de meufs qui fassent de la pop et tout, sinon je m’inspirerais de qui en fait ?” Et moi, sur mon téléphone, j’écoute quasiment que ça et je suis ravie qu’il y ait mille univers qui me plaisent et qui soient aussi différents.
Qu’est-ce que vous esquivez quand vous êtes en tournée ?
Les toilettes sèches. [Rires] Je pense que j’esquiverais les toilettes sèches. C’est le seul truc, sinon, je me sens hyper bien ! J’aime trop l’ambiance. Mais les toilettes sèches quoi… ! [Rires]
"Le cœur et sa dictature", Zélie, disponible partout.