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Entre un domaine viticole habité par l'art contemporain et un prieuré médiéval incendié de rouge, un programme qui réconcilie les sens et l'esprit… Il y a des invitations qui ressemblent à des parenthèses hors du temps. Celle-ci commence par une route qui serpente entre garrigues et chênes truffiers, dans ce coin reculé du Vaucluse où le Ventoux et la Montagne de Lure se font face. Le Domaine Les Davids, niché aux confins du Parc naturel régional du Luberon, sur la commune de Viens, n'est pas qu'un domaine viticole biologique. C'est un territoire pensé comme un projet vivant, agricole, culturel, humain.

L'arrivée au domaine, avec un verre d'accueil et un déjeuner à la terrasse de Treimars, donne immédiatement le ton : les assiettes se composent des légumes et herbes du jardin, les vins portent les noms des terroirs traversés depuis vingt ans par Sophie Le Clercq, la propriétaire qui a converti ces 120 hectares à l'agriculture biologique en 2000. Le Fournil, dont les pains au levain bio embaument dès le matin, complète une table où rien ne vient de loin. À 15h, une visite du chai gravitaire s'impose. Conçu par l'architecte Marc Barani, Grand Prix national de l'architecture 2013, il émerge de la colline comme un mastaba antique, coulé dans un béton teinté dans la masse d'ocre, couleur des terres environnantes. À l'intérieur, un alignement monumental de cuves tulipes en béton trône derrière les vitres de la terrasse. Sur le couloir d'accès, une fresque de céramique monumentale signée Yves Zurstrassen, déjà lui, annonce ce que le lendemain va confirmer : l'artiste belge est une présence à part entière aux Davids.

C'est peut-être le cœur du projet des Davids. L'architecte paysagiste belge Bas Smets, co-auteur des jardins du Luma à Arles et des abords de Notre-Dame de Paris, a imaginé, à partir de 2022, une boucle de 2,5 km qui serpente à la lisière du domaine. L'intention n'est pas de décorer un paysage, mais de le révéler. Des garde-corps fluorescents, évoquant le lichen des sous-bois, jalonnent le parcours sans jamais s'imposer. Lors de cette visite commentée, Bas Smets et Eliane Le Roux, directrice artistique du projet, présentent leur exposition estivale Révéler le Paysage, et font découvrir les nouvelles œuvres récemment installées sur le parcours. Parmi elles, des pièces de Matthew Lutz-Kinoy, dont le travail interroge les liens entre corps et environnement ; de David Nash, pionnier de l'art et la nature depuis les années 1970, qui travaille le bois vivant comme un matériau en devenir ; et de Tomás Saraceno, artiste argentin dont les installations à toile d'araignée et les réflexions sur l'habitabilité de la planète ont fait le tour du monde. Chaque œuvre est une commande développée en dialogue avec la spécificité matérielle et symbolique du lieu, à l'opposé de l'accumulation arbitraire qui compromet trop souvent les parcs de sculptures.

En huit séquences de paysage, la promenade traverse l'ensemble des écosystèmes du Luberon : sous-bois, garrigues, vignes, falaises calcaires. Il faut entre une heure et deux heures pour en faire le tour, selon la vitesse à laquelle on accepte de se laisser absorber.
Après ce plein air, retour au Hameau de Cournille, trois maisons indépendantes niches dans leurs vingt hectares de nature intacte, pour profiter du spa, d'un massage, ou simplement du silence. À 19h45, Renaud Huberlant, directeur artistique, présente l'édition 2026 des Estivales du Haut Calavon, le festival estival des Davids qui, depuis 2022, rassemble philosophes, écrivains, musiciens et architectes autour de ce ruisseau qui prend sa source à Banon pour rejoindre la vallée du Luberon. La prochaine édition se déroule du 27 au 31 juillet. Puis vient le dîner, les vins du domaine, la nuit dans l'une des maisons restaurées en maçonnerie traditionnelle.
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Le lendemain à 9h30, direction l'atelier de Yves Zurstrassen. Il vit et travaille à Viens depuis 2003, à quelques kilomètres à peine du domaine, dans ce même pays reculé qu'il a choisi comme second port d'attache avec son atelier bruxellois. Le peintre belge, né à Liège en 1956, est une figure majeure de l'abstraction européenne, et pourtant sa pratique reste étonnamment manuelle, physique, presque artisanale. Il explique son protocole : des papiers journaux découpés sont collés sur le fond de la toile, recouverts de couches de peinture, puis délicatement décollés une fois le tableau achevé. Ce qui apparaît comme la surface, les formes colorées, les rythmes, est en réalité le fond. L'artiste peint, dit-il, "au futur antérieur" : ce qui a été posé en premier n'apparaît qu'en dernier. Voir ses toiles rouges, vibrantes, rythmées comme des partitions de free jazz, et comprendre ensuite qu'elles fonctionnent à l'envers du regard, c'est une petite révélation.
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À une trentaine de minutes de route, à Mane, dans les Alpes de Haute-Provence, le Musée de Salagon occupe un ancien prieuré bénédictin du XIIe siècle entouré de jardins ethnobotaniques remarquables. L'endroit cumule les labels, Musée de France, Ethnopôle, Jardin remarquable, et accueille chaque année un artiste contemporain en dialogue avec l'architecture romane. En 1998, Aurélie Nemours y avait installé des vitraux d'un rouge absolu, obtenu par du verre soufflé irradié de sélénium, commandés à l'issue de la restauration du prieuré. Ces éclats pourpres, qui ne fonctionnent qu'avec la lumière naturelle, baignent l'église d'une lumière vibrante et changeante selon les heures.

C'est dans ce dialogue que s'inscrit l'exposition Variations rouges d'Yves Zurstrassen, visible du 1er février au 14 décembre prochain, sous le commissariat de Yannick Mercoyrol. L'artiste a passé du temps à arpenter l'église, à en sentir les pierres, à laisser l'espace infuser lentement. Il a choisi le rouge, mais pas le rouge sélénium de Nemours. Un rouge d'une tonalité singulière, personnel, qui répond aux vitraux plutôt qu'il ne les imite. Les toiles, créées sur mesure pour les murs de l'église romane, font danser les formes dans l'espace, créant un contrepoint rythmique à l'architecture ordonnée des colonnes, des ogives et des voûtes. Visite en présence de l'artiste et du commissaire, rare privilège d'entendre les deux esprits derrière l'exposition expliquer ce que l'on a sous les yeux.
Non loin du domaine Les Davids et de Salagon, le Couvent des Minimes de Mane mérite un détour. Reconverti en hôtel et spa de luxe, cet ancien couvent franciscain du XVIIe siècle offre une atmosphère de pierre et de silence, avec une vue sur le Luberon, une brasserie et un spa L'Occitane réputé dans la région. Un point de chute idéal pour qui souhaite prolonger l'escapade.
Domaine Les Davids, Route de Banon, 84750 Viens - lesdavids.fr La Promenade est en accès libre toute l'année. Musée de Salagon, Le Prieuré, 04300 Mane - musee-de-salagon.com Exposition Yves Zurstrassen, Variations rouges, jusqu'au 14 décembre prochain.