INTERVIEW
Publié le
25 février 2026
Producteur et DJ français, DJ Lewis s’impose, l’an passé, comme l’un des architectes majeurs du succès du projet "$ome $exy $ongs 4 U" de Drake et PARTYNEXTDOOR, sur lequel il produit six morceaux. Nommé aux Grammy Awards aux côtés du rappeur canado-américain, il confirme une ascension fulgurante et entend maintenir cette dynamique en 2026. DJ Lewis avance avec une vision claire : faire danser, faire voyager, et ne jamais perdre l’essence organique de la musique.

Comment décririez-vous votre signature sonore ?
Je dirais qu’il y a presque toujours une grosse basse dans mes morceaux. Une basse chaude, solaire, qui prend de la place. Quand je sors un single en tant que DJ Lewis, c’est souvent pensé pour le club. J’aime les sons qui bougent, qui donnent envie de danser immédiatement. Mon objectif, quand je produis, est simple : permettre aux gens d’oublier leurs problèmes pendant deux ou trois minutes. La musique doit provoquer une émotion, même brève. Juste assez pour s’évader.
Vous êtes originaire de Paris. En quoi cela a-t-il façonné votre oreille et votre esthétique ?
Je viens de Paris, mais mes influences sont très larges. J’ai grandi avec la guitare, en écoutant B.B. King, Eric Clapton ou encore le Buena Vista Social Club. Ma mère est espagnole, donc j’ai aussi été bercé par des sonorités latines. Mon père, lui, écoutait beaucoup de rock : les Beatles, Santana… Côté français, une figure qui m’a marqué, c’est Louis Bertignac. Pour moi, c’est une vraie icône du rock. Mais globalement, ce qui a façonné mon oreille, c’est surtout la pluralité.
"Voir les gens danser sur un morceau que tu as créé, c’est indescriptible."
Dans ton nouveau single “On My Way”, en collaboration avec Naiim, on entend des influences afro. D’où vient ce goût pour la diversité ?
Les rythmes afro, c’est instinctif. Ce sont des rythmes qui tournent autour de 120 BPM. Ils font bouger automatiquement. En tant que DJ, je sais à quel point certains tempos fonctionnent sur un public. Mais plus largement, je pense que la musique n’a aucune limite. Je n’aime pas me mettre dans une case. J’ai grandi avec des univers très différents, donc naviguer entre les styles, c’est naturel pour moi.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Le partage d’énergie. C’est exceptionnel de passer de sa chambre à une scène devant des milliers de personnes. J’adore les festivals parce que les gens viennent vraiment pour toi. Il y a une attention différente. C’est presque un moment suspendu. Voir les gens danser sur un morceau que tu as créé, c’est indescriptible.
"L’envie de composer est devenue plus forte que tout."
Pourquoi tenez-vous à intégrer des sons organiques ?
Parce que la base de la musique, ce sont les instruments. Aujourd’hui, on peut tout faire sur ordinateur, mais moi j’aime commencer avec une guitare ou un piano. Même dans mes productions les plus électroniques, j’essaie d’intégrer au moins un élément organique. C’est important pour moi de garder ce lien avec la “vraie” musique. C’est ce qui donne de l’âme.

Pourquoi êtes-vous passé de DJ à producteur ?
Jouer la musique des autres, c’est génial. Mais à un moment, j’ai eu envie de créer la mienne. Je savais jouer des instruments, j’avais des idées… Il fallait que je les mette quelque part. C’était une évolution naturelle. L’envie de composer est devenue plus forte que tout.
"Un jour, Drake m’a envoyé un message privé sur Instagram. […] Quand une voix comme celle de Drake se pose sur un beat, tout change."
Comment est née votre collaboration avec Drake ?
Je travaillais avec quelqu’un de proche de son équipe. Drake a entendu plusieurs de mes morceaux et il demandait souvent qui les produisait. Puis un jour, il m’a envoyé un message privé sur Instagram. Artistiquement, ça m’a apporté énormément. Mais surtout, ça m’a donné une vraie crédibilité. Un beat reste un beat tant qu’il est dans ton ordinateur. Quand une voix comme celle de Drake se pose dessus, tout change.
Est-ce cette collaboration qui vous a ouvert les portes de l’international ?
Oui, clairement. Il faut être honnête. Ça a changé la donne. La nomination aux Grammy Awards en 2025 a renforcé cette visibilité. Après, la notoriété se construit dans le temps. Mais en termes de crédibilité, ça a été un vrai tournant.
Qu’est-ce qui est le plus difficile quand on crée pour les autres ?
Rester inspiré en permanence. Il y a des jours où il pleut, où tu n’es pas forcément dans le mood… mais tu dois quand même produire. La musique, c’est de l’émotion, mais aussi de la technique et de la discipline. Et quand je crée pour un artiste, je dois trouver l’équilibre entre son univers et ma touche personnelle.
"La musique permet de collaborer sans frontières."
Vous évoquez des collaborations à venir possibles avec Hamza ou Shenseea. Qu’est-ce qui vous attire chez ces artistes ?
Chez Hamza, c’est le talent pur. C’est l’un des artistes les plus doués que j’ai rencontrés. Et humainement, il est exceptionnel. Chez Shenseea, comme chez d’autres artistes internationaux, j’aime la diversité culturelle. La musique permet de collaborer sans frontières. Peu importe la langue, le pays. Ce qui compte, c’est l’énergie. La musique, c’est le seul endroit où il n’y a ni frontières, ni couleurs, ni barrières.

Comment choisissez-vous vos collaborations ?
D’abord, le son. Si j’aime la musique d’un artiste, ça crée une connexion naturelle. Ensuite, l’humain. On peut passer des nuits entières à travailler ensemble. Il faut que l’énergie soit saine. Le talent et la bienveillance, c’est la combinaison parfaite.
Après une nomination aux Grammys en 2025, que visez-vous pour 2026 ?
J’ai encore beaucoup de rêves. Travailler avec d’autres grands artistes. Voyager davantage. Franchir de nouveaux paliers. Je ne peux pas tout annoncer, mais je travaille tous les jours pour ça.
"La vie, c’est un film. Autant se donner le meilleur rôle."
Quel est votre rapport à la mode ?
Pour moi, la mode et la musique vont ensemble. Quand tu montes sur scène, l’image compte. J’ai toujours aimé m’habiller. Je ne suis pas forcément les défilés, mais j’aime construire mon style. Je peux m’habiller de la même manière dans la vie que sur scène. C’est naturel, pas calculé.
Qu’esquivez-vous quand vous mixez ?
Rien. La musique m’a sauvé à des moments compliqués de ma vie. Je ne mets rien sous le tapis. Au contraire, je pense qu’il faut affronter les choses. J’essaie simplement de travailler le plus possible et de faire un maximum de choses que j’aime. La vie, c’est un film. Autant se donner le meilleur rôle.
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