CINÉMA

Costa-Gavras, le cinéaste politique à l'honneur sur ARTE

Publié le

6 octobre 2026

Soixante ans après la sortie de son premier long métrage, Costa-Gavras demeure l'incarnation du cinéaste politique. ARTE lui consacre une grande rétrospective : dix films, dont son court métrage de fin d'études, ainsi que la première saison d'une série documentaire inédite, Le siècle de Costa-Gavras, écrite par Edwy Plenel et Yannick Kergoat. L'ensemble est disponible dès le 18 octobre prochain sur arte.tv, les films pouvant être visionnés jusqu'au 30 mars 2027.

©David Koskas - KG Productions

Un cinéaste qui n'a manqué aucune grande question politique

Né en 1933 en Grèce, exilé à Paris, Costa-Gavras n'a laissé de côté aucune des grandes questions politiques de son temps. Devenu maître du thriller politique, il s'est imposé mondialement avec Z, film manifeste et phénomène immédiat, que Steven Spielberg et William Friedkin considèrent comme fondateur. Alors âgé de 36 ans, le réalisateur revendique l'engagement et impose sa marque : l'art de la narration, le sens du polar et la maîtrise de la mise en scène.

"Le siècle de Costa-Gavras" : une série en cinq épisodes

Coproduite par KG Productions, ARTE France et l'INA, la série documentaire, narrée par Edwy Plenel, mêle archives d'interviews de Costa-Gavras et de ses collaborateurs, extraits de films, making-of et photographies, autour d'un grand entretien avec le réalisateur. Elle raconte ce que son cinéma dit de notre histoire commune, de nos espoirs et de nos résistances. Cette première saison, composée de cinq épisodes, s'ouvre sur Tous les films sont politiques, qui revient sur la naissance de Z et sur sa portée. Le deuxième épisode, L'Origine, un coup de pied au malheur, remonte à la jeunesse du réalisateur et à ses deux premiers films. Vient ensuite La vérité est révolutionnaire, consacré à L'aveu, film pionnier dans la dénonciation du stalinisme. Le quatrième épisode, Les démocraties meurent aussi, s'intéresse à État de siège et à Missing, qui abordent les dictatures latino-américaines et l'implication de Washington. La série se referme sur Ce passé qui ne passe pas, qui met en lumière l'exigence de justice des deux héroïnes de Hanna K. et de Music Box.

Les dix films de la rétrospective

Des débuts au thriller politique

Tout commence avec le court métrage de fin d'études Les ratés (IDHEC, 1958, 6 min), où deux clochards d'un asile de nuit côtoient un acteur qui a abandonné le théâtre après une maladie de cœur. Vient ensuite Compartiment tueurs (1965, 1h35), adapté du roman de Sébastien Japrisot. Une femme est retrouvée étranglée dans un train de nuit et, un à un, les témoins du meurtre interrogés par l'inspecteur Grazzi sont assassinés. Porté par Yves Montand, Simone Signoret, Jean-Louis Trintignant, Jacques Perrin ou encore Michel Piccoli, ce premier film au rythme trépidant, truffé d'humour et de trouvailles visuelles, révèle une étonnante maîtrise, applaudie à sa sortie des deux côtés de l'Atlantique. Avec Un homme de trop, le réalisateur plonge en 1943. Après l'attaque d'une prison pour libérer leurs camarades, des résistants découvrent qu'un homme "de trop" s'est glissé parmi eux. Un vrai film d'aventures, tourné dans les paysages grandioses des Cévennes, où une multitude de personnages et de tempéraments dessinent la typologie d'une France occupée (avec Bruno Cremer, Jean-Claude Brialy, Jacques Perrin, Claude Brasseur, Charles Vanel et Michel Piccoli).

Z, L'aveu, État de siège : la trilogie politique

Z (1968, 2h01), coécrit avec Jorge Semprún d'après le roman de Vassilis Vassilikos, avec une musique de Mikis Theodorakis, a remporté 2 Oscars, 2 prix au Festival de Cannes et des centaines d'autres récompenses dans le monde. Le générique avertit : toute ressemblance avec des événements réels "n'est pas le fait du hasard. Elle est volontaire". Le film retrace l'assassinat du leader de la gauche grecque Grigoris Lambrakis, planifié par la police et les hautes sphères de l'État et déguisé en accident en 1963. Ce thriller au suspense mené tambour battant a connu un immense succès international, et ne sortait dans certains pays qu'une fois la démocratie revenue. L'aveu (1970, 2h20), d'après l'ouvrage de Lise et Artur London, décrit le mécanisme des purges en Tchécoslovaquie au début des années 50 et la lente torture d'Artur London, soumis à des interrogatoires sans fin qui mènent à l'aveu. Ce film magistral, qui a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans la dénonciation du stalinisme, offre à Yves Montand l'un de ses plus beaux rôles. État de siège (1972, 1h55, Prix Louis-Delluc) part à nouveau d'un fait réel : l'enlèvement et l'exécution, en 1970 en Uruguay, du conseiller américain Dan Mitrione par les guérilleros Tupamaros. Le film révèle le véritable rôle de ce pseudo-conseiller, chargé par la CIA de diffuser auprès des polices des dictatures alliées de Washington des leçons de contre-guérilla urbaine et de torture. Un thriller autant qu'un film-témoignage parfaitement maîtrisé.

©KG Productions / Le couperet ©Studio Canal

Mélodrame, drame et comédie : l'autre Costa-Gavras

La rétrospective montre aussi la diversité du cinéaste. Dans Clair de femme (1978, 1h38), adapté de Romain Gary, il orchestre sur vingt-quatre heures la rencontre de deux âmes inconsolables, avec Romy Schneider et Yves Montand : un mélodrame intimiste et noir, d'une étrange mélancolie, où les fractures des héros se dévoilent peu à peu. Hanna K. (1983, 1h48) suit une jeune avocate, Hanna Kaufman (Jill Clayburgh), qui a quitté la France et son mari pour vivre en Israël. Commise d'office pour défendre un Palestinien soupçonné de préparer des attentats, elle découvre une autre réalité. Magnifique portrait de femme, le film est à la fois un puissant drame sentimental et une remarquable réflexion politique sur le problème israélo-palestinien. Rare incursion dans la comédie, Conseil de famille (1986, 1h40) est une réjouissante fable policière sur l'argent, l'avidité et le conflit des générations. Johnny Hallyday, remarquablement dirigé, y donne la réplique à Fanny Ardant et Fabrice Luchini.

Le couperet, satire du monde du travail

Dernier film de la sélection, Le couperet (2005, 1h58), d'après le roman de Donald Westlake, met en scène un ingénieur au chômage qui élimine un à un ses concurrents pour retrouver un poste. José Garcia y est stupéfiant de froideur et de drôlerie dans ce thriller social à l'humour noir féroce, critique acerbe de l'ultralibéralisme et de la surconsommation, qui pousse l'individualisme à son paroxysme.

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La rétrospective Costa-Gavras et la série Le siècle de Costa-Gavras sont disponibles dès le 18 octobre prochain sur arte.tv. Les dix films sont accessibles jusqu'au 30 mars 2027.

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