INTERVIEW
Publié le
7 juin 2026
Participations à de grands festivals, tournées européennes, le deuxième album de Bye Parula, Something Out of Nothing, est sorti le 5 juin dernier. De quoi confirmer l'ascension du trio art-pop montréalais. Esthétique cinématographique des années 70, textes plus introspectifs que jamais, Something Out of Nothing révèle l’ADN de Bye Parula dans sa grandeur. Depuis 2023 et une première diffusion à la radio, le groupe s’affirme dans le paysage musical montréalais et international. Des sonorités inspirées du funk orchestral de Serge Gainsbourg, des mélodies écorchées d'Elliott Smith, ou des rythmes cosmopolites des Talking Heads et qui conquièrent les mélomanes.

Votre nouvel album s'appelle Something Out of Nothing. Cela veut aussi dire “Créer à partir de rien”. Bye Parula est né pendant le Covid : c'est ça votre rien ?
Il y a de ça. Il y a le fait aussi d'être immigrant dans une ville, de ne pas avoir de réseau, pas de famille… Et puis, de se dire qu’on part de rien, mais on construit quelque chose ensemble. C'est un peu comme un saut dans le vide à trois. Dès le début, on s’est fait confiance alors qu'on ne se connaissait pas. C’était une évidence et step by step, c'est devenu un peu plus concret avec le premier album. En produire un deuxième, c’est un rêve.
Qu'est-ce qui a changé depuis votre premier album ?
Musicalement, on se connaît bien mieux. Le premier album, on avait déjà joué quelques trucs ensemble, mais pas autant. Dans Something out of nothing, on affine la chose. Le premier, c'était comme une découverte entre nous et là, c’est fluide. Souvent, quand l’un de nous a une idée, un autre la propose instantanément ! On est connectés, on avance, pas encore là où on veut être, mais j'espère qu'on n’y sera jamais. La recherche permanente, le perfectionnement, c'est un moteur.
Votre musique est un plongeon dans les années 1960-1970, mais il y a aussi cette modernité.
C’est ça. Il y a ce mélange d’époques qui paraissent vraiment différentes au début, mais qui se mélangent parfaitement. Et puis l'amour, la perte, la nostalgie, ces thèmes présents dans tout ce qu'on fait, sont intemporels. Ils nous unissent dans une période où tout tend à nous séparer.
"Il faut montrer que dans la vie, la nuance est importante. Les sentiments divergents peuvent coexister et porter un même message."
Derrière vos mélodies presque hédonistes, il y a ces textes poignants. C’est ça la musique, dénoncer la laideur par la beauté ?
Absolument. C'est important d’avoir du contraste, ce n’est jamais tout blanc ni tout noir. Il faut montrer que dans la vie, la nuance est importante. Les sentiments divergents peuvent coexister et porter un même message.
Bye Parula, c'est la rencontre entre un Napolitain, un Chilien et un Catalan à Montréal. Votre musique reflète ce cosmopolitisme.
Ce n’est pas si cosmopolite, ou plutôt, c’est inconscient ! Une fois qu’on joue, on se rend compte qu’une partie du morceau est latino, une autre chilienne, que ce tempo rappelle le beat italo disco… Notre musique est envahie de couleurs, d’influences et c’est notre richesse. On cherche des sonorités authentiques qui nous ressemblent. On vit dans cette époque où tout doit être dans une case, dans une forme, mais les belles choses peuvent aussi dépasser du cadre.
Contrairement aux lives du premier disque, vous n’êtes plus accompagnés de musiciens. Vous jouez exclusivement en trio. C'est l'équilibre qu'il vous fallait ?
Absolument. Je pense que dès qu'on a assumé le trio, les portes se sont grandes ouvertes et le champ des possibles est quasi-illimité. C'est un point de non-retour. On a toujours écrit à trois donc c'était naturel, mais on n'osait pas trop. Jouer de la basse en chantant, ça paraissait impossible et pourtant à un moment, ça s'est fait naturellement. C'était super cool de jouer avec des musiciens, mais cette liberté de création est inestimable. On est partis chercher l’essence-même de notre art, on a gardé le brut pour le sublimer.
"Qu'on le veuille ou non : on a trois langues maternelles différentes donc parfois la traduction donne des quiproquos ! On veut dire la même chose… mais différemment." [Rires]
Dans un groupe, l'amitié peut être menacée face au travail d'équipe. Trois ans après vos débuts, comment ça se passe ?
Mieux que jamais grâce à la communication. Je pense qu'on grandit tous aussi avec ces projets-là. Et puis, il y a un ego sain, ça aide beaucoup. Il y a de la place pour trois. C'est comme une relation amoureuse. Il faut discuter, savoir comment la personne se sent et on apprend. Comme une famille. Après, qu'on le veuille ou non : on a trois langues maternelles différentes donc parfois la traduction donne des quiproquos ! On veut dire la même chose… mais différemment. [Rires]

Votre musique en trois mots, ce serait ?
Emo. Flashy. Colorée.
Quelle musique est-ce que vous esquivez ?
Une musique qui accompagne tout le monde. Peu importe ce que vous traversez. On parle beaucoup d’expériences vécues en espérant que le public nous écoute et se dise : je ne suis pas tout seul ou toute seule. Il y a du monde comme moi, puis peu importe qui je suis, je suis le bienvenu dans leur musique.
“Something Out of Nothing”, Bye Parula, disponible partout.