PHOTOGRAPHIE
Publié le
19 février 2026
Au printemps prochain, le musée Soulages accueille l'une des figures majeures de la photographie contemporaine. Hiroshi Sugimoto déploiera huit séries photographiques qui entrent en résonance avec l'œuvre du peintre aveyronnais.

Ce rapprochement pourrait surprendre, mais il révèle des affinités profondes. Sugimoto comme Soulages placent le temps au cœur de leur pratique. L'un capture des durées infinies sur la pellicule – une séance de cinéma entière, le mouvement imperceptible d'un océan. L'autre travaille la surface picturale jusqu'à ce qu'elle absorbe et réfléchisse simultanément la lumière, créant un effet de temporalité suspendue.
Les Theaters comptent parmi les séries les plus énigmatiques de Sugimoto. Le principe est simple : ouvrir l'obturateur au début du film, le refermer à la fin. Résultat : un rectangle lumineux, saturé de lumière, qui engloutit toutes les images projetées. Ces salles de cinéma baignent dans une clarté fantomatique, comme si le bâtiment lui-même avait digéré des décennies de projections.

Avec les Seascapes, Sugimoto pousse la réduction formelle encore plus loin. Mer, ciel, ligne d'horizon. Rien d'autre. Des temps de pose extrêmement longs gomment tout détail anecdotique. Ce qui reste ressemble davantage à un Rothko qu'à une photographie de paysage.

Pine Trees illustre le concept japonais de honka-dori : reprendre et transformer l'œuvre d'un prédécesseur. Sugimoto photographie des pins du palais impérial de Tokyo pour recréer les célèbres paravents d'Hasegawa Tohaku datant de 1590. Le résultat : douze images qui reconstituent une forêt brumeuse n'existant nulle part ailleurs que dans cette recomposition photographique.

Les Optiks, série plus récente, capturent la décomposition de la lumière solaire à travers un prisme. Pendant quinze ans, Sugimoto a observé ce phénomène chaque hiver, photographiant les dégradés de couleur projetés sur un mur blanc. Des rouges profonds aux bleus mystérieux, ces images purement chromatiques transforment la photographie en peinture lumineuse.

L'exposition occupe les salles temporaires du musée, avec une scénographie conçue par Sugimoto lui-même. Les Brush Impression, calligraphies photographiques réalisées dans le noir absolu, dialogueront avec la période calligraphique de Soulages dans les années 1970.

Événement rare en France pour un artiste pourtant célébré internationalement – de Pékin à Sydney en passant par Londres – cette exposition offre un parcours méditatif dans l'œuvre d'un créateur qui brouille systématiquement les frontières entre photographie, peinture et sculpture du temps.
"Hiroshi Sugimoto – Reprendre la mélodie", Musée Soulages, Rodez, du 11 avril au 13 septembre prochain.