INTERVIEW

8 mars 2026 : et si on donnait enfin la parole aux femmes ?

Publié le

8 mars 2026

Comme chaque année, le 8 mars marque la Journée internationale des droits des femmes. Cette date est née des luttes ouvrières et féministes du début du XXe siècle, notamment après l’appel lancé en 1910 par la militante socialiste Clara Zetkin. Au fil du temps, le 8 mars est devenu un symbole mondial célébrant les avancées obtenues, tout en rappelant les combats qu’il reste à mener pour l’égalité entre les hommes et les femmes. À cette occasion, S-quive donne la parole à des femmes issues du monde de la culture, du bien-être et des affaires pour mettre en lumière leurs parcours, leurs engagements, leurs aspirations et leurs visions de l’avenir.

Victoria Dauberville ©DR

La parole libérée

Depuis l’affaire Weinstein, qui a ébranlé le monde du cinéma en 2017, la parole des femmes s’est considérablement libérée, portée par le mouvement #MeToo. De plus en plus nombreuses, elles dénoncent les violences sexistes et sexuelles ainsi que les inégalités structurelles qu’elles subissent. Lors de la cérémonie des Césars en 2024, l’actrice et réalisatrice Judith Godrèche a prononcé un discours marquant sur les agressions dans le milieu du cinéma qui a contribué à relancer le débat public. En 2025, le procès de Gisèle Pelicot a constitué un tournant majeur dans la lutte contre les violences sexuelles : elle est devenue un symbole, elle a incarné le combat pour toutes les victimes et remis au centre des discussions la notion de consentement.

La force d'un récit

Le 17 février dernier, cette dernière a publié son livre Et la joie de vivre, aux éditions Flammarion. Un livre co-écrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, qui raconte le procès des viols de Mazan, orchestré par son mari, mais aussi sur sa vie avant et après cette affaire. Un témoignage intime qui évoque à la fois l’horreur des faits et la reconstruction. La possibilité d’un avenir et d’un espoir au côté de son nouveau compagnon. Peu après la sortie de son livre, elle a été aperçue au côté de la reine Camilla à Clarence House, en Angleterre. Un moment fort pour les deux femmes, venu consacrer un échange autour de son témoignage ainsi que les violences faites aux femmes.

"Liberté Egalité* Fraternité"

Droit, justice, action : plus que jamais

Malgré ces avancées, les violences sexuelles et les féminicides demeurent à un niveau préoccupant. Dans ce contexte, la thématique 2026 de cette journée particulière : "Droit. Justice. Action." prend tout son sens. Les femmes continuent de se battre pour que leurs droits soient pleinement garantis par la loi, pour obtenir justice face aux inégalités et surtout, pour être crues ! Selon les chiffres donnés par l’UNESCO en 2026, 1 pays sur 4 signale un recul des droits des femmes et seulement 27% des ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sont des femmes.

Ensemble pour bouger les lignes

Dans le monde de la culture comme dans celui de l’entreprise, les droits des femmes restent un enjeu central. En témoignent des chiffres publiés par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), en janvier dernier, qui démontrent que les start-up dirigées par des équipes 100% féminines ne représentent que 1% des levées de fonds en France… Si les créatrices, productrices, auteures, sportives, directrices artistiques ou entrepreneuses sont aujourd’hui plus visibles, leur place demeure souvent fragile, marquée par des inégalités de rémunération, un accès limité aux postes de direction et une reconnaissance encore insuffisante. Se faire une place dans ces milieux compétitifs exige souvent de redoubler d’efforts pour légitimer son talent et imposer sa voix. L’industrie de la mode, en particulier, a été profondément ébranlée par l’affaire Epstein, qui a mis en lumière la vulnérabilité de jeunes filles et de jeunes mannequins face aux abus de pouvoir et aux réseaux d’influence. À l’heure du 8 mars, donner la parole à des femmes du monde de la culture et de l'entrepreneuriat, c’est interroger ces déséquilibres, valoriser celles qui transforment les règles du jeu et rappeler que la création ne peut être pleinement libre que dans un environnement sûr, équitable et respectueux. A ce propos, regardez bien la tour Eiffel, ce soir à 20h...

Artistes, chanteuses, actrices, auteures, danseuses, cheffes d’entreprise… Nous avons posé deux questions à 12 femmes : Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ? Quelle est votre icône féminine ?

Voici leurs réponses.

Natasha Andrews ©Thomas Lavelle

Natasha Andrews, Auteure et Professeure de yoga

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Pour moi, l’empowerment commence lorsqu’une femme croit profondément en sa propre valeur et se reconnecte à la puissance d’être une femme : sa créativité, sa force, sa capacité à donner la vie. En prenant soin d’elle, elle commence à rayonner. Mais aujourd’hui, c’est aussi voir les femmes oser prendre la parole, prendre la place et comprendre que lorsque les femmes se soutiennent et se rassemblent, leur voix devient impossible à ignorer.

Quelle est votre icône féminine ?

Patti Smith. Elle incarne pour moi la créativité à l’état pur et une force profondément libre. Elle a toujours dépassé les frontières de ce que l’on attend d’une femme : elle est inclassable, indéfinissable. Puis avec son art elle ouvre des espaces nouveaux et bouscule les limites !

Mercedes Erra ©DR

Mercedes Erra, Fondatrice et Présidente du Conseil de surveillance de BETC

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Nombreux sont ceux qui affirment que l’égalité hommes femmes est faite, et que bien sûr, il n’y a plus de problème en France. Pour moi, ce 8 mars 2026 est l’occasion de rappeler à toutes et tous que non, on n’y est pas. Et que la liste des faits sociaux qui limitent l’égalité est encore longue comme le bras. Nous avons voulu rappeler tout cela. Avec la Ville de Paris et CityZ Media, nous allons perturber la devise de la République et oser mettre un astérisque à Égalité. Ainsi la devise deviendra "Liberté Egalité* Fraternité" pour signifier que pour les femmes, l’égalité est malheureusement encore "sous conditions". Ce 8 mars 2026, la devise modifiée “Liberté Égalité* Fraternité” s’affichera dans la ville et autour de la Tour Eiffel ainsi que la liste des fameuses "conditions" restrictives. Et à 20h, il faudra bien regarder la tour Eiffel…

Gabrielle Rul ©Nick Prideaux

Gabrielle Rul, Peintre

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Je trouve cela un peu dépassé et triste de devoir assigner une journée pour mettre les femmes à l’honneur. C’est un combat de tous les jours pour moi, je préfère le voir comme une opportunité de faire des piqûres de rappel pour obtenir l’égalité et je déteste voir ce jour accaparé comme une sorte de : "Allez, hop, comme ça, c’est fait". Cependant, en profiter pour mettre les points sur les "i", c’est toujours profitable.

Quelle est votre icône féminine ?

Ma défunte grand-mère paternelle restera à jamais mon phare dans la nuit, même depuis l’au-delà. Elle avait cette capacité à créer tout à partir de rien : de ses doigts crochus et abîmés découlait de l’or. Elle donnait un amour inconditionnel sans aucun jugement. De manière générale, je tire mes exemples et puise ma force dans toutes les femmes autour de moi, on a toutes à apprendre de chacune.

Victoria Dauberville ©DR

Victoria Dauberville, Danseuse et Chorégraphe

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Pour moi, la journée de la femme est un moment pour rappeler que chaque femme a le droit d’exister pleinement, avec sa différence, sa sensibilité et sa force. En tant que danseuse, je vois tous les jours à quel point les femmes peuvent s’exprimer de mille façons : certaines sont puissantes, d’autres délicates, certaines sont discrètes, d’autres flamboyantes… et tout ça est beau. Cette journée, c’est une façon de se soutenir entre femmes, de se rappeler qu’on peut s’élever ensemble plutôt que se comparer. Et surtout de continuer à ouvrir des espaces où chacune peut prendre sa place sans s’excuser d’être qui elle est.

Quelle est votre icône féminine ?

Je n’ai pas qu’une seule icône. Je suis inspirée par les femmes qui osent être elles-mêmes, qui assument leur singularité. Bien sûr, il y a des femmes publiques qui m’inspirent par leur élégance et leur force, mais je pense aussi aux femmes autour de moi : celles qui créent, qui élèvent, qui se relèvent, qui soutiennent les autres. Pour moi, une vraie icône féminine, c’est une femme qui ne cherche pas à ressembler à quelqu’un d’autre et qui donne envie aux autres femmes d’oser être elles-mêmes.

Charlotte Muller ©Andrane de Barry

Charlotte Muller, Professeure de yoya et Fondatrice du Studio Charlotte Muller Method

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Un ancrage. Après avoir pratiqué le droit plusieurs années, puis avoir contribué à la reconnaissance de la singularité hormonale du corps des femmes, je sais combien l’émancipation se joue aussi dans la connaissance intime de sa propre physiologie. Cette journée me rappelle que la liberté commence là — de l’intérieur.

Quelle est votre icône féminine ?

Choisir, c’est renoncer — alors j’en nomme deux. Ruth Bader Ginsburg, pour l’intelligence au service de l’équité : grâce à son engagement, beaucoup de femmes passées par Columbia, dont je fais partie, se sont autorisées à voir plus grand. Et le Dr Stacy Sims, dont le travail sur la physiologie féminine a changé la donne pour des millions d’entre nous. Un même fil rouge : refuser que le corps des femmes reste un angle mort.

Julie Duchatel ©Gil Lesage

Julie Duchatel, Auteure

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Je pense que c’est extrêmement important. Malheureusement, on en a encore besoin. Il faudrait qu’il y ai des journées de la femme tous les jours. C’est important de rappeler quels sont les combats des femmes, leurs difficultés et qui sont les grandes figures féminines en remettant toujours les choses dans le contexte de leur époque. Il reste tant de combats à mener qu’il faut absolument une journée pour s’exprimer, émettre des idées et avancer.

Quelle est votre icône féminine ?

Ces dernières années, j'ai beaucoup lu sur Monique Wittig. Mais je pense que c’est vraiment l’addition des femmes, l’addition des combats et la sororité qui nous font avancer. Quand je compare avec la génération de ma mère, je pense que c’est vraiment sur l’entraide et la solidarité qu’on a avancé. À l'époque, il n'y avait pas ce lien qu’ont les femmes entre elles aujourd’hui. Je pense qu’on a passé un énorme cap là-dessus.

Imany ©DR

Imany, Chanteuse

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Pour moi, la Journée des droits des femmes n’est pas une célébration, c’est un rappel. Un rappel que les droits ne sont jamais définitivement acquis, qu’ils se défendent et qu’ils se transmettent. En 2026, c’est aussi une journée pour nommer ce qui reste invisible : les violences psychologiques, les violences économiques, toutes ces formes d’emprise qui ne laissent pas toujours de traces mais qui brisent des vies. C’est enfin une journée pour transformer quelque chose que l’on a longtemps demandé aux femmes de taire : la colère. La colère qui est pourtant un vecteur de liberté ! Il n’y a qu’à regarder l’histoire de l’émancipation des femmes : sans colère on en serait encore à prendre des antidépresseurs pour supporter cette vie…

Quelle est votre icône féminine ?

Je pense immédiatement à Nina Simone. Parce qu’elle a refusé d’être seulement une artiste : elle a choisi d’être une conscience. Elle a transformé sa musique en arme politique et sociale. Et elle a l’a fait avec beaucoup d’amour pour ses pairs. Elle incarne pour moi une femme qui ne demande pas la permission d’exister pleinement — avec sa beauté, sa colère, sa dignité et sa vérité.

Leonie Dahan-Lamort ©Thomas Laisne

Léonie Dahan-Lamort, Actrice

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Pour moi la journée internationale des droits des femmes permet encore aujourd’hui de mettre en évidence le fait que les droits des femmes ne sont jamais acquis, qu’ils ont été arrachés grâce au combat acharné des féministes et qu’il faut toujours rester vigilantes.

Quelle est votre icône féminine ?

Mon icône féminine est le personnage de Tiabeanie dans Désenchantée car elle m’a donnée envie de raconter des récits de femmes différents de ce qu’on a l’habitude de voir, tout en étant drôle et touchante.

Maëlle ©Laetitia Prioux

Maëlle, Chanteuse

Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Quand on parle de la journée de la femme, j’adore regarder dans le rétroviseur, parce qu’on revient de loin. Il reste encore énormément de combats à mener, mais il y a déjà eu des avancées incroyables. Cette journée est très importante pour moi. Dans la musique, on est encore souvent entourées d’hommes et il n’est pas toujours facile de faire entendre sa voix. Même si on n’y est pas encore, quand je regarde en arrière, je me dis qu’on a quand même fait du chemin.

Quelle est votre icône féminine ?

Il y en a beaucoup. J’admire énormément Angelina Jolie pour son engagement et sa sincérité. Et Monica Bellucci est évidemment une femme fascinante. Mais si je dois en citer une dans la musique, ce serait Lana Del Rey. Elle a créé son propre univers, sans jamais se conformer aux attentes de l’industrie. Elle a imposé son style et sa vision, et ça force le respect.

Silvia Saint-Martin ©DR

Silvia Saint-Martin, Première danseuse à l’Opéra de Paris

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

Pour moi la journée des droits des femmes est importante car elle permet de mettre en lumière l’ensemble des réalisations des femmes dans tous les domaines et elle contribue à continuer de préserver et lutter pour nos droits.

Quelle est votre icône féminine ?

Il y a beaucoup d’icônes féminines mais j’ai envie de mettre en lumière ma mère qui m’a apportée les valeurs et les nuances de la force de la douceur de la liberté et de la bienveillance.

Dinaa ©DR

Dinaa, Chanteuse

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

La journée internationale des droits des femmes me touche sans me toucher, j’ai envie de dire. Personnellement, j’ai l’impression que c’est comme Noël où il faut se donner des cadeaux. Bien évidemment, c’est important d'avoir des jours comme ça pour commémorer les choses, pour se rappeler qu’il y a eu des avancées et surtout les progrès qu’il y a encore à faire. Cette journée ne change pas ma vie dans le sens où, selon moi, c’est un combat qu’on devrait mener tous les jours et pas uniquement le 8 mars. Ce jour reste quand même important pour faire un petit rappel à ceux qui oublient les luttes que les femmes doivent mener au quotidien. En ce qui me concerne, ce jour n’est pas d’une grande importance comme n’importe lequel finalement.

Quelle est votre icône féminine ?

J'en ai plusieurs. S’il y en a une que je devais citer, ce serait Billie Holiday. C’est une chanteuse qui a beaucoup défendu les droits des femmes et des noirs afro-américains. C'est une chanteuse qui m'a vraiment marquée parce que, à son époque, elle ne pouvait pas s’exprimer de manière aussi ouverte comme c’est le cas aujourd’hui. Je trouve qu'elle a une puissance, que ce soit dans les mots qu'elle emploie ou dans sa musique et c’est ce qui me touche profondément.

Lazuli ©DR

Lazuli, Chanteuse

Que représente la Journée internationale des droits des femmes pour vous en 2026 ?

C’est une journée de lumière et de reconnaissance. Même si, idéalement, ce devrait être tous les jours. Mais si on peut profiter de ce moment pour faire “shiner” les femmes, alors on prend.

Quelle est votre icône féminine ?

C’est cliché, mais ma mère. Depuis que je suis devenue mère, je réalise tout ce qu’elle a fait pour moi. Aujourd’hui encore, elle pose des jours pour m’aider. Elle me soutient dans mes projets. Si je réussis à offrir à mon enfant ce qu’elle m’a offert, ce sera ma plus grande réussite.

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