INTERVIEW
Publié le
12 juin 2026
Du cinéma des frères Dardenne à François Ozon, Yoann Zimmer enchaîne désormais les rôles. Après L'Enfant bélier de Marta Bergman, il partage l'affiche de Sauvons les meubles, au côté de Vimala Pons et endosse le rôle principal de la série Haemers, attendue pour novembre 2026. Des personnages complexes, souvent cabossés. À son image ? Pas forcément, explique-t-il. Mais l'occasion était trop belle pour ne pas lui demander comment il choisit les rôles qui sculptent peu à peu son visage dans le paysage cinématographique. Ou s'il a seulement le pouvoir de les choisir. De "nobody", selon sa formule, au premier rôle, comment ça se passe ? Rencontre.
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Il y a Le Sein de Jupiter, dont le tournage s’est terminé récemment, Sauver les meubles et Haemers qui arrivent… J’ai l’impression que vous avez le choix de vos rôles, et pas mal de propositions. Depuis quand c’est comme ça ?
Je ne sais pas si on a toujours le choix. Je pense qu’on a des propositions qu’on n’a pas envie de refuser. Haemers, c’est un projet sur lequel j’étais depuis un petit temps et ça me tentait beaucoup. Et puis, après Le Sein de Jupiter, ça s’est mis en place quand j’étais sur le tournage d’Haemers. C’est une réalisatrice belge avec qui j’avais envie de travailler, donc c’était une super occasion.
Vous avez réalisé un court-métrage. Où en êtes-vous aujourd’hui dans ces envies ?
J’ai une bonne nouvelle ! [Rires] Je ne sais pas si je peux trop le dire mais j’ai eu l’équivalent de l’avance sur recettes. C’est la dernière étape du financement d’un film en Belgique, c’est ce qu’on appelle l’aide à la production. C’est tombé lundi. C’est un long-métrage que j’ai écrit, que je ne réalise pas, mais dans lequel je vais jouer. Comme je suis à la co-écriture, j’ai aussi une espèce de direction artistique sur le projet, je suis content parce qu’on a eu cette aide hier. Et c’est assez dur à avoir.
Ça faisait combien de temps que vous travailliez sur ce projet ?
Ça fait cinq ans que je travaille là-dessus. C’est un long métrage, donc… J’ai 90 pages à écrire.
Est-ce que l’écriture est une vraie passion chez vous ?
Une passion ? Non, je ne dirais pas ça. J’aime bien les films, j’aime bien réaliser et il y a des sujets qui me donnent envie mais il faut passer par l’étape du scénario et ce n'est pas ce que j’aime le plus. Après, il y a aussi plein de choses que j’apprends, sur lesquelles je progresse mais je ne dirais pas que c’est une passion, non. Je ne fais pas ça depuis que je suis petit.
Ma prochaine question était : qu’est-ce qui vous stimule le plus entre le jeu et l’écriture ? Donc j’ai déjà ma réponse.
Ce serait plus entre jouer et réaliser. Parce que si j’écris un film, c’est pour le réaliser. En l’occurrence, le film que je coécris et dans lequel je vais jouer, c’est parce que je voulais interpréter ce personnage, son histoire m’intéressait. Et je voulais participer à l’écriture. On a trouvé cette manière de travailler avec Martha Bergman, qui a réalisé L'Enfant Bélier. Elle voulait réaliser et pensait potentiellement à moi pour le rôle. Donc on a matché, on a décidé de travailler ensemble. Non, je pense qu’il n’y a pas de choix à faire. Je ne fais pas de choix parce que c’est différent. J’aime juste le cinéma.
"Avant d’intégrer un conservatoire national en Belgique, j’ai voulu un peu rattraper ce que j’estimais être un manque, me constituer une espèce de bagage culturel."
D'où est-ce qu’elle vient votre envie de cinéma ?
D’un stage de théâtre en été. Suite à ça, les pédagogues du stage m’ont poussé à me présenter à une école. C'était en juillet, j’avais 18 ans et je ne savais pas trop quoi faire. A ce moment-là, j’ai rencontré une fille qui s’appelle Pauline, qui jouait déjà un peu au théâtre, etc… Ensemble, on a bossé à fond, on a préparé les scènes et on est entrés du premier coup dans un conservatoire national en Belgique. Sauf que moi, je n’avais pas lu une seule pièce de théâtre, et ce n’est pas un truc dont je me vante. Il y avait un gap de culture que je n’avais pas. Ce qui est intéressant, c’est qu’avant l’école je voulais un peu rattraper ce que j’estimais être un manque, me constituer une espèce de bagage culturel. Donc j’allais à la médiathèque. Je louais plein de films et j’en regardais un ou deux par jour pendant l’été, je me forçais, je prenais tout ce qui avait un prix, un peu de cinéma d’auteur. À ce moment-là, j’ai découvert pas mal de films différents.
Qu’est-ce qui vous a touché dans le scénario de Sauver les meubles ?
Il y a deux choses que j’aime bien. La première, c’est le côté dramedy. C’est un drame social à un endroit, mais on reste dans la légèreté. Ce n’est pas complètement deep, il y a aussi une espèce de fantaisie. C’est un film assez autobiographique de la réalisatrice Catherine Cosme, quand on traverse des épreuves dans la vie, on a tendance à évacuer par le rire, par des situations étranges, etc... J’ai aimé cet aspect. L’autre, c’est qu’on ne parle pas souvent, je trouve, de la classe moyenne qui a des problèmes d’endettement. On a souvent tendance à montrer des gens qui ont vraiment des soucis d’argent, des classes plus populaires, soit des milieux sociaux plus aisés. Ici, par exemple, ce sont des "petits bourgeois", entre guillemets, qui tiennent un magasin. Et ça, je trouvais que c’était assez inédit. Le film n’est pas axé là-dessus, mais en tant que lecteur, spectateur et acteur, je trouvais ça intéressant.
"Les gens lisses, ce n’est pas très intéressant et de toute façon, je ne pense pas que ça existe."
Et dans Haemers, où, pour le coup, vous incarnez un criminel belge, qu’est-ce que vous avez aimé dans ce type de rôle ? Vous me disiez tout à l’heure que c’était un rôle qui vous intéressait vraiment.
Je pense que c’est toujours intéressant de jouer des antagonistes. Enfin, en l’occurrence, ce n’est pas l’antagoniste puisque c’est le personnage principal, mais… Les gens lisses, ce n’est pas très intéressant et de toute façon, je ne pense pas que ça existe. Après, il est vraiment compliqué cet homme.
Méchant aussi, j’imagine.
Je ne présente pas les choses comme ça. Il y a un petit peu d’histoire romanesque dans sa vie. C’est pour ça qu’on s’intéresse, en tant que spectateurs, à ce genre de récits. Ce ne sont ni les premiers films ni les premiers récits de ce type, et pourtant ça fascine toujours les gens. Pourquoi ? Parce qu’il y a de la violence. Enfin, il y a quelque chose d’intriguant et d’hyper romanesque. Il se marie. Il a un enfant. Il part au Brésil. Il enlève un homme politique. Il y a des braquages. Évidemment que c’est attirant à jouer, je n’ai pas boudé mon plaisir. Mais c’est un personnage complexe. Parce qu’il commet des actes qui, moralement, ne sont pas ok. Et comment est-ce que vous allez lui donner une forme d’empathie ? Il n’est pas juste méchant, le monde n’est pas manichéen.
"Je vais vers les projets où je sais que je peux aller voir un psy après. Sinon, tu n’as rien à raconter en interview !" [Rires]
Entre un criminel dans Haemers, un téléfilm qui traite du cancer du sein et L’Enfant bélier au cinéma, vous allez vers des sujets réels et forts. Qu’est-ce qui vous pousse à vous lancer ?
Ceux où je sais que je peux aller voir un psy après. Sinon, tu n’as rien à raconter en interview ! [Rires] Non, pour moi, ça revient à la question du choix que tu fais dans ta carrière. Si tu n’es pas le fils de quelqu’un, ou que tu n’as pas déjà le luxe de choisir dès le début… Tu es "nobody", tu démarres par un court-métrage et je pense que c’est ça qui détermine la manière dont les gens vont t’identifier. J’ai eu la chance de démarrer avec un premier court-métrage et, derrière, le premier long c’était un film des frères Dardenne. Enfin, ce n’est pas grâce au court-métrage parce que j’ai passé un casting, mais je pense que ça construit aussi l’image qu’on a de toi. Ce n’est pas moi qui ai inventé ça : les gens pensent à toi pour un certain type de personnage. En plus, au début, tu n’as pas quarante mille personnes qui t’appellent pour te proposer des longs-métrages intéressants. Puis, tu te rends compte qu’il ne faut pas t’enfermer dans quelque chose, tu dois aussi savoir dire non sauf qu’au début, t’as pas trop le choix de dire oui ou non, t’as aussi besoin de gagner ta vie. J’ai travaillé chez Carrefour et je n’avais pas envie de travailler chez Carrefour, donc je préférais faire ça. J’ai eu des projets qui m’ont donné un CV plus "auteur", qui me permettaient ensuite d’avoir des castings. Ça, c’est une première partie. Après, quand tu es un peu plus installé, qu’il y a peut-être des gens qui t’ont déjà vu et tu réfléchis davantage à tes choix, là, oui, effectivement, tu essaies davantage d’orienter les choses. Mais je pense que, de toute manière, les films complètement légers sont assez rares. C’est vrai aussi que certains rôles te prennent de l'énergie vitale.

C’est lequel, dernièrement, qui vous a le plus pris dans votre énergie vitale ? Celui pour lequel il a fallu aller voir un psy ensuite ?
[Rires] L’enchaînement Haemers et Le sein de Jupiter, c’est un peu costaud, je n’ai pas eu de pause entre mi-janvier et mi-avril, bon, je n’ai pas été chez le psy. C’était deux rôles principaux. Donc, je suis tout le temps là. Et ce sont des gens qui traversent des choses complètement différentes. Je n'étais pas habité par le personnage en rentrant chez moi mais il y a un moment où, oui, si tu as une scène où tu t’es suicidé toute la matinée et que l’après-midi, tu vois ton fils au parloir pour la dernière fois, évidemment, émotionnellement, ça t’affecte. Si t’as des larmes, c’est des larmes. Si tu rigoles, tu rigoles. Même si tu fais la séparation, il y a des choses qui se passent dans ton corps.
Est-ce qu’il y a quelque chose que vous cherchez à esquiver au cinéma ?
Les mauvais tournages. Je pense qu’il n’y a rien de pire que d’être sur un tournage qui se passe vraiment mal. J’ai déjà un petit peu vécu ça et ce n'est pas du tout sur les tournages dont on a parlé. C’étaient des tournages magnifiques. Je salue toutes les équipes, tous les partenaires, etc... Mais j’ai déjà vécu des tournages où ce n’est pas cool.