MUSIQUE
Publié le
1er mars 2026
Quelques jours à peine après avoir signé le clip nocturne et radical d'Angèle pour "WHAT YOU WANT", le collectif (LA)HORDE a performé sur la plus grande scène de la pop britannique... Ce samedi, à l'occasion de la cérémonie des Brit Awards, Rosalía a livré, avec Björk, une performance qui restera dans les mémoires — et (LA)HORDE en était l'architecte.
Sur "Berghain", titre emblématique de son dernier album Lux, la chanteuse catalane a convoqué un univers hybride, quelque part entre pop monumentale, opéra et énergie techno brute. À ses côtés, en invitée d'exception : Björk. Deux icônes, deux mondes, une même scène — et une salle sous le choc. Pour mettre en images cette rencontre au sommet, Rosalía a fait appel à (LA)HORDE, le collectif marseillais qui dirige le Ballet National de Marseille depuis 2019, et que l'on retrouvait il y a quelques jours encore dans les rues de la cité phocéenne, caméra à l'iPhone et chorégraphie en main, pour accompagner Angèle dans sa mue électro. Deux projets radicalement différents dans leur forme, profondément cohérents dans leur démarche.
Pour les Brits, (LA)HORDE a rassemblé un casting aussi éclectique qu'exigeant. Des danseurs et danseuses venus du monde entier : certain(e)s issu(e)s du Ballet National de Marseille, d'autres arrivant du Royaume-Uni, et des artistes de la scène hard dance — ce mouvement né dans les hangars techno des zones industrielles de province, popularisé par les réseaux dans les années 2010, avec lequel le collectif collabore depuis plus d'une décennie. Cette communauté est au cœur de l'ADN de (LA)HORDE, qui a construit plusieurs pièces à partir de ce dialogue entre danse vernaculaire, musique électronique et histoire des corps. La performance des Brit Awards en est une nouvelle illustration : une pièce chorale, physique, traversée par une tension entre la rigueur classique et la liberté du dancefloor.

Si Rosalía a choisi (LA)HORDE, ce n'est pas un hasard. L'artiste espagnole — qui compte parmi les voix les plus singulières de sa génération, capable de faire dialoguer le flamenco le plus ancestral avec la production la plus contemporaine — partage avec le collectif une même obsession : l'histoire et les traditions comme matériaux vivants, à réinterpréter plutôt qu'à préserver. (LA)HORDE a ainsi créé des pièces avec des danseurs traditionnels géorgiens, en faisant résonner la danse ancestrale avec la techno. Rosalía, elle, a réinventé le cante jondo à l'ère du trap. Deux trajectoires parallèles qui se rejoignent dans un même refus du compromis.

Cette apparition magnétique aux Brit Awards intervient à quelques semaines seulement du coup d'envoi de la nouvelle tournée mondiale de Rosalía. Une mise en bouche taillée pour les grandes salles — et une confirmation que (LA)HORDE, entre le clip d'Angèle, la direction du Ballet National et désormais les plus grandes cérémonies pop du monde, s'impose comme l'une des forces créatives les plus décisives de la scène artistique contemporaine.