INTERVIEW

Marguerite : "J’ose plus de choses."

Publié le

28 avril 2026

Marguerite impose peu à peu une signature singulière dans la pop française, entre vulnérabilité assumée et sens du refrain marquant. Avec “crash test”, son nouveau titre dévoilé sur COLORS, elle explore les secousses de l’amour et les traces qu’elles laissent. Une performance intense et épurée, à l’image de son univers, où chaque émotion se vit sans filtre et où l’artiste affirme un peu plus sa voix.

Marguerite ©Marina Germain

Récemment, vous avez dévoilé votre nouvelle chanson “crash test”.  Dans ce titre, vous décrivez l’amour comme une série de “crash tests” émotionnels. Votre message est clair : l’amour c’est difficile et ça fait mal. Comment ces crash tests vous ont-ils fait évoluer ?

Je pense qu’on tire des conclusions de chaque échec. Ça aide à grandir et à comprendre ses limites. Pendant une grosse période de ma vie, j’ai préféré lâcher prise et abandonner l’idée que l’amour pouvait fonctionner. La fin de la chanson n’est pas pleine d’espoir. Je pense que le fait d'arrêter de chercher quelque chose de parfait à tout prix permet de se recentrer sur soi avant de laisser entrer dans sa vie des personnes qui pourraient nous faire souffrir. Aujourd’hui, j’ai pris en maturité. Je suis en train de comprendre comment soigner ces crash tests.

"COLORS, c’était vraiment un de mes rêves."

Vous avez dévoilé ce nouveau titre dans COLORS. Comment y avez-vous vécu votre passage ? Qu’est-ce que ça représente pour vous d’y avoir participé ?

C’était tellement stressant ! COLORS, c’était vraiment un de mes rêves. Quand on a fini la chanson avec mon ami The Doug, j’ai tout de suite eu la vision du fait que ça pouvait être une très belle session COLORS. Quand j’ai su que ça allait se faire, j’étais à la fois trop contente et mortifiée parce que c’est très impressionnant. Tout se fait en une seule prise. La prise de voix est unique donc il y a une dimension live. L’enjeu, c’est qu’il faut quand même que la prise de voix soit suffisamment qualitative pour que le titre soit audible et compréhensible quand on l’écoute. C’était aussi beaucoup de pression parce que c’est une chanson qui est lourde de sens pour moi. Elle fait écho à beaucoup de blessures, donc il fallait que je gère bien mes émotions tout en lâchant prise. C’était très intense, mais c’était une très belle expérience. Ça m'a vraiment donné confiance en moi. Je me suis rendue compte que j’en étais capable.

On vous retrouve bientôt à We Love Green le 6 juin prochain et également à l’Olympia les 4 et 5 décembre. Quel est votre rapport à la scène ?

La scène, c’est l’une des choses que je préfère. Je viens du théâtre à l’origine. J’en fait depuis que j’ai 7 ans. J’aime beaucoup le spectacle vivant. J’aime aussi me dire que ça va prendre de plus en plus de valeur. Parce que j’ai l’impression qu’on est dans une période où les contenus vidéo et l’IA sont de plus en plus normalisés et que, du coup, les gens vont valoriser davantage la magie et l’imperfection du spectacle vivant. Pouvoir créer ces espaces-là, c’est très précieux pour moi. Un concert, c’est aussi un espace de rencontres. Ce sont des souvenirs qui se créent pour tout le monde, aussi bien pour moi que pour les gens qui sont dans la salle. Je trouve ça trop important, même si dans le cadre d’une tournée, certaines dates sont plus dures que d’autres parce qu’on est fatigués. Il y a des moments où on est plus dans la performance, mais j’adore cette partie-là aussi. J’aime pouvoir organiser mon énergie et éprouver, au fil des dates, les différents stades de confort dans lesquels je suis.

"Je suis en confiance et dans une forme d'impulsion qui me fait me sentir plus libre."

Comment pensez-vous avoir évolué artistiquement depuis la Star Academy ?

Je pense que j’ai gardé les mêmes idées et les mêmes inspirations qu’à l’époque. Après, c’est le fait d’avoir de l’expérience qui a fait que ma créativité s’est beaucoup nourrie et est devenue beaucoup plus souple. En revanche, je pense être plus affirmée et plus sûre de moi. Ce que je fais aujourd’hui est peut-être plus profond. Ce qui pousse ma créativité depuis la Star Academy, c’est aussi le fait qu’il y a des projets qui évoluent. C’est concret. Du coup, je suis en confiance et dans une forme d'impulsion qui me fait me sentir plus libre. J’ose plus de choses.

Marguerite ©Marina Germain

Comment décririez-vous votre univers artistique ?

Ce que je fais, c’est de la pop française. Je reprends beaucoup de codes de la pop. Mais chez moi, il y a quelque chose de très vulnérable et aussi un peu d’humour. J’aime les textes et les émotions. J’aime trouver le meilleur moyen de véhiculer les messages. Je souhaite que ma musique soit l’écrin le plus cool possible aussi bien musicalement qu’à travers la mise en image.

Quelle est votre première source d’inspiration quand vous écrivez ?

La vie. Ce qui m’inspire, c’est vraiment mon expérience, certaines situations que je vis, mais aussi des émotions ou des pensées qui me traversent. En fait, j’aime écouter des chansons qui parlent de thématiques assez universelles. Des choses de la vie qu’on traverse un peu tous et toutes. Je me dis que mon regard peut être intéressant.

"L’aspect que je trouve très positif, c’est qu’il y a de plus en plus de femmes dans l’industrie musicale et surtout, qu’elles sont de plus en plus libres. Non seulement parce qu’on leur permet, mais aussi parce qu’elles ont pris cette liberté d’elles-mêmes."

Dans toutes vos chansons, les refrains se distinguent particulièrement. Est-ce une intention de votre part ? Et est-ce que vous construisez vos chansons autour de ces refrains en général ?

En général, j’écris mes chansons dans l’ordre. Je trouve que la première phrase d’une chanson est très importante. Si la première phrase est limpide, on sait où on va. C’est tout de suite clair. Après, sur la composition, ce qui me frappe et que je trouve le plus efficace pour véhiculer une émotion, c’est quand la mélodie du refrain reste dans la tête. Ça permet de programmer l’inconscient au message de la chanson. Ça a un effet un peu hypnotique. Ce que j’aime bien, c’est que ça permet aussi de toucher les enfants. C’est tout bête mais, un refrain qui fonctionne, c’est une mélodie qu’un enfant retient. Il y a beaucoup de chansons que j’écoutais quand j'étais enfant parce que la mélodie du refrain était efficace. Maintenant que je suis grande, je me dis que c’est trop bien d’avoir été bercé par "Ma philosophie" d’Amel Bent par exemple, qui est un texte très féministe.

Que pensez-vous apporter à la pop française aujourd’hui ? Quelle est votre valeur ajoutée ?

Comme tous les artistes, je pense que ma valeur ajoutée, c’est ma voix. Ma voix c’est comme mon empreinte digitale. Toutes les voix sont uniques sur Terre. C’est déjà quelque chose qui vient bousculer une chanson. Si demain, je faisais chanter une de mes chansons à une autre artiste, elle prendrait une nouvelle dimension.

"Par contre, il y a un énorme enjeu sur les tournées. […] J’ai demandé à constituer une équipe quasiment 100% féminine et ça a été très compliqué. Il y a très peu de représentation donc très peu de femmes se disent qu’elles peuvent faire des métiers dans l’univers du live."

Vous êtes chanteuse avant tout mais vous avez également joué dans le film Le mélange des genres. Pourquoi avoir voulu vous lancer dans le cinéma ? Qu’est-ce que le cinéma vous apporte ?

Le cinéma, ça m’est arrivé un peu par hasard. À l’origine, j’ai fait des études de théâtre pour travailler dans le théâtre et la mise en scène. Par la suite, j’ai découvert le métier de casteuse. Je suis devenue l’assistante d’une directrice de casting et j’ai fait passer les castings pour ce film. C’est le réalisateur qui m’a proposé le rôle parce qu’on s’était très bien entendus et qu’on s'était bien amusés à jouer les scènes. Je dis toujours "oui" à ce genre de propositions parce que je considère que c’est un peu un coup du destin.

On sait que la cause féministe vous tient à cœur. On pense notamment à votre titre “les filles, les meufs” qui a touché beaucoup de femmes. Que pensez-vous, plus généralement, de la place des femmes dans l’industrie musicale ?

L’aspect que je trouve très positif c’est qu’il y a de plus en plus de femmes dans l’industrie musicale et surtout, qu’elles sont de plus en plus libres. Non seulement parce qu’on leur permet, mais aussi parce qu’elles ont pris cette liberté d’elles-mêmes. Personnellement, ça me fait me sentir beaucoup plus en sécurité dans le milieu dans lequel j’évolue. Après, il y a encore énormément de travail. Il faudrait encore plus de visibilité, de liberté et moins de mise en compétition. Moi par exemple, j’évolue dans un label dirigé par une femme et il y a beaucoup de femmes dans mon équipe. Ça fait vraiment la différence. Par contre, il y a un énorme enjeu sur les tournées. Le sujet des tournées est à mon sens trop peu abordé alors que c’est important de se sentir bien et en sécurité sur la route où on est les uns sur les autres et où on vit les uns avec les autres. J’ai demandé à constituer une équipe quasiment 100% féminine et ça a été très compliqué. Il y a très peu de représentation donc très peu de femmes se disent qu’elles peuvent faire des métiers dans l’univers du live. Mon ingénieure du son est une femme et je sais que, dans certaines salles, elle n’est ni reconnue, ni accueillie comme telle. C’est un vrai travail d’éducation qu’il reste à faire. Il faut donner de la place à ces femmes-là en les employant, en leur faisant confiance et en arrêtant de dire que ce sont des profils juniors : ce que j’essaye de faire au maximum avec mes équipes.

"Dans ma vie personnelle, j’ai un rapport complexe au fait de m’habiller. Je ne sais jamais où mettre le curseur entre ma féminité et ma masculinité."

Quelle importance accordez-vous à la mode ?

J’adore la mode. Quand j'étais petite, je regardais beaucoup les défilés. Dans ma vie personnelle, j’ai un rapport complexe au fait de m’habiller. Je ne sais jamais où mettre le curseur entre ma féminité et ma masculinité. J’essaye de m’habiller le plus simplement possible. Sur scène ou dans mon travail de DA c’est différent. J’adore collaborer avec ma styliste, Alizée Hénot. C’est elle qui a choisi ma tenue pour le COLORS. Elle arrive toujours à faire quelque chose qui me ressemble. Ce sont toujours des vêtements que je prends plaisir à porter et dans lesquels je me sens moi. J’aime l’idée de créer quelque chose d'unique, de fort et qui a un sens. Elle arrive parfaitement à mettre ce petit truc en plus qui fait que je me sens à l’aise et en même temps ça paraît toujours très moderne.

Marguerite ©Marina Germain

Quels designers vous inspirent ?

J’adore le travail de Miu Miu. J’aime le fait qu’ils fassent du upcycling avec leurs anciennes collections. J’aime beaucoup Dries Van Noten. Je suis fan de la bizarrerie de cette maison. J’ai assisté à des défilés Céline que j’ai adorés. Et puis, c’est assez unanime mais je trouve que Matthieu Blazy a très bien repris Chanel. Il arrive à garder une certaine féérie dans ce qu’il fait. C’est ce que j’adore dans la mode. Cet effet "wow". Dans un autre registre, j’aime beaucoup Agnès b. J’admire le fait qu’elle fasse encore ses collections et que ce soit toujours aussi intemporel.

"J’esquive les agresseurs. Je les esquive vraiment. J’ai même donné une liste des personnes que je ne veux pas croiser à mon label et à mon équipe de promo parce que ce sont des agresseurs avérés, que ce soit médiatisé ou pas."

Quel est votre plus bel accomplissement jusqu’ici ? Ce dont vous êtes la plus fière ?

Je pense que c’est le COLORS. Je pourrais parler de mon disque, j’en suis vraiment très fière ! Mais je dirais le COLORS et aussi le clip et le making-off de "La Boss" parce que c’était un gros challenge et que j’adore le résultat.

Marguerite ©Marina Germain

Qu’est-ce que vous vous souhaitez pour la suite ?

Je me souhaite de toujours prendre plaisir à ce que je fais et me sentir libre. Je me souhaite aussi d’arriver à profiter, être dans le présent. C’est quelque chose que j’essaye de faire en ce moment.

Qu’est-ce que vous esquivez dans la musique ?

J’esquive les agresseurs. Je les esquive vraiment. J’ai même donné une liste des personnes que je ne veux pas croiser à mon label et à mon équipe de promo parce que ce sont des agresseurs avérés, que ce soit médiatisé ou pas. Je les esquive et ce serait bien si l’industrie de la musique les esquivait un petit peu plus.

Marguerite sera présente à We Love Green le 6 juin prochain et à l’Olympia les 4 et 5 décembre prochains.

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