CINÉMA

Almodóvar et Harari en compétition à Cannes : le cinéma face à lui-même

Publié le

9 avril 2026

La 79e édition du Festival de Cannes s'annonce comme un millésime exceptionnel. Parmi les films les plus attendus en compétition officielle, deux œuvres interrogent avec une ambition rare la nature même de la création cinématographique : Autofiction du maître espagnol Pedro Almodóvar, et L'Inconnue, le nouveau long-métrage du Français Arthur Harari.

L'inconnue ©Droits réservés

Révélée ce jeudi 9 avril par Thierry Frémaux et Iris Knobloch, la sélection officielle de la 79e édition, qui se tiendra du 12 au 23 mai sur la Croisette, réunit 21 films en lice pour la Palme d'or, sous la présidence du jury du cinéaste coréen Park Chan-wook. Parmi eux, deux titres se distinguent d'emblée par leur rapport vertigineux au réel et à la fiction.

Pedro Almodóvar : le cinéma comme blessure

Avec Autofiction, Pedro Almodóvar signe ce qui s'annonce comme l'une des œuvres les plus personnelles de sa carrière. Le film suit Raúl, cinéaste culte en pleine crise créative, qui, frappé par un drame touchant l'une de ses plus proches collaboratrices, s'en empare pour nourrir son prochain film. De cette douleur empruntée naît Elsa, une réalisatrice fictive dont le parcours commence peu à peu à refléter le sien propre. Les deux cinéastes deviennent alors les deux faces d'un même être, dans un jeu de miroirs où l'autofiction dévoile autant qu'elle détruit. Jusqu'où peut-on aller pour raconter une histoire ? C'est la question que pose le film, et elle n'est pas sans une certaine cruauté. Écrit et réalisé par Almodóvar, produit sous la bannière de la fidèle maison de production El Deseo, avec à sa tête son frère Agustín Almodóvar et la productrice exécutive Esther García, le film s'inscrit dans la droite ligne d'une filmographie hantée par les femmes, la création et la douleur. Après La Voix humaine (2020) et Strange Way of Life (2023), l'Espagnol confirme son appétit pour les formes courtes et denses, les récits qui brûlent de l'intérieur.

Autofiction ©El Deseo, photo de Iglesias Mas

Arthur Harari : changer de corps, changer de regard

Face à ce monument du cinéma mondial, Arthur Harari, révélé par l'excellent Onoda (2021), défend une proposition radicalement différente, mais tout aussi ambitieuse. L'Inconnue suit David Zimmerman, photographe approchant la quarantaine qui vit cloîtré chez lui, presque invisible au monde. Une nuit de fête plus tard, il se réveille dans le corps d'une femme qu'il avait simplement aperçue dans la foule. Le film, co-écrit avec Lucas Harari et Vincent Poymiro, s'attaque frontalement à la question du regard, de l'identité et de l'altérité — et le fait par le biais d'un fantastique à la fois concret et déstabilisant. Thierry Frémaux a lui-même qualifié le film d'"objet de cinéma extrêmement singulier", sur Franceinfo, ce qui, dans la bouche du délégué général du festival, vaut toutes les promesses.

Autofiction ©El Deseo, photo de Iglesias Mas

Une compétition à l'ambition artistique affirmée

Ces deux films incarnent à leur façon l'identité d'une sélection 2026 résolument tournée vers le cinéma d'auteur. Aux côtés d'Almodóvar et Harari, on retrouve des noms comme Asghar Farhadi, Hirokazu Kore-eda, Ryûsuke Hamaguchi, Cristian Mungiu, Pawel Pawlikowski ou encore Lukas Dhont, souligne The Hollywood Reporter , une constellation qui témoigne d'un festival fidèle à ses engagements artistiques. Autofiction et L'Inconnue partagent, au fond, une même obsession : la fragilité de la frontière entre soi et l'autre, entre ce que l'on vit et ce que l'on raconte. Deux visions du monde, deux générations du cinéma, et, peut-être, deux candidats à faire durer la conversation longtemps après la montée des marches.

Rendez-vous sur la Croisette du 12 au 23 mai prochain.

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